Le feuilleton de l’été 23

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Gars qui lit un feuilleton dans le journal

 

Le terrain vague était en vue. La fille très belle nous y attendait déjà. Elle portait sous son bras la carte. Contrairement à nous deux, silencieux, elle parlait. Au téléphone. Elle criait un peu, même. Sans doute submergée par notre apparition mutuelle. Je lui ramenais l'homme qu'elle cherchait, c'était dingue. Suffisamment surprenant pour lui faire pousser des petits cris hystériques qui firent se raidir le flamand. Je crus un instant qu'il allait s'arrêter, et que la parfaite coordination de nos pas, dirigés vers la fille très belle, allait être interrompue. (Et que la fin serait ratée.) Mais non. Le flamand était déterminé. Il s'avança jusqu'au bout, les yeux fixés sur la fille qui le rendait dingue, et, d'un geste tout à fait théâtral, la souleva de terre, la fit tourner en l'air, avant de la rattraper dans ses bras, pour lui rouler la pelle de l'année, sous mes yeux médusés (attendris).

 

La fille très belle pouvait décevoir mais elle savait être à la hauteur d'une mise en scène romantique, destinée à éclipser l'histoire. Elle savait que les héroïnes les plus remarquables sont celles qui ne lésinent pas sur le chabada, dans les moments stratégiques. Elle avait le physique de l'emploi, et connaissait suffisamment son répertoire de clichés du plus beau baiser de cinéma, pour être à la hauteur de la scène qui se jouait.

 

La dernière scèneâ?¦ Celle qui n'expliquerait rien, mais qui, située stratégiquement dans un des endroits de Bruxelles les plus énigmatiques, apporterait au lecteur le dénouement qu’il avait si patiemment mérité.

 

J'étais émue. Mes personnages avaient tardé un peu à < > se retrouver, mais finissaient le feuilleton toutes hormones dehors, par un happy ending de base. L'été n'était pas une saison tragique. J'étais pour le moment la seule à profiter de la scène, mais comme l'enlacement s'éternisait, un, deux, trois, une dizaineâ?¦ de spectateurs s'assemblaient sur le terrain vague. Et eux aussi, voulaient en finir, eux aussi, se décidaient à se prendre en main, deux par deux, les yeux dans les yeux, les mains baladeuses, les bouches en cÅ?ur. Je regardais autour de moi : tout le monde s'embrassait. C'était plutôt réussi, comme final.

 

Fin

Aliette Griz

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