Le feuilleton de l’été 21

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Gars qui lit un feuilleton dans le journal

 

La fille très belle était timide. Elle tenait son téléphone pas trop loin de l'oreille, pas trop près non plus (ces téléphones tactiles raccrochent tellement facilement), elle avait bu un verre d'eau juste avant pour ne pas avoir la gorge trop sèche, et elle se concentrait pour éviter de bafouiller, quand je décrocherai à l'autre bout.

 

C'était la première fois que nous nous parlions. Mais, impressionnée par l'enjeu (elle en avait plus qu'assez de dormir toute seule), la fille très belle chuchotait les mots d'introduction habituels, et je ne l'entendais pas. Pourtant, la première fois que je l'avais vue, elle savait crier au téléphone.

 

Mais j'attendais son appel. Je savais que, quand elle téléphonerait, le final commencerait. Tout se mettrait en place pour dire au revoir à l'été, bonjour aux coïncidences, et bienvenue à tous les personnages.

 

Quand on écrit sur un petit ordinateur, sans vraiment pouvoir relire, et à toute heure du jour et de la nuit, entre deux aires d'autoroute, on espère, qu'à un moment, ça collera.

 

Qu'à un moment, les citoyens éloignés reviendront vers la ville (se faire poser des puces protectrices, prêts au dénombrement nécessaire, et avides de détection).

 

J'avais hésité tout l'été sur l'issue à donner au feuilleton. Monsieur Détecteur serait-il emprisonné pour trouble à l'ordre public, avec procès inique, façon Pussy Riot, et grand débat sur la liberté d'expression, mené par le flamand, alors que la fille très belle monterait un comité de soutien ?

 

Le final pourrait être aussi chaotique que magistral, Monsieur Détecteur libéré, et la ville à ses pieds, ou lynché médiatiquement, avant d'être complètement éclipsé par les vrais enjeux de la rentrée : pas assez de travail, des élections en préparation, mais la ville qui tient, malgré tout, les éternelles rues barrées par les travaux, les trams en retard, en avance, les écoliers harassés sous leurs cartables, les infirmières cernées, les politiciens enfarinés, les banquiers conspués, les eurocrates affairés. La ville, et ses repères, à peine changés par un été de plus.

 

C'était la fin. En théorie, il suffisait que je réponde au téléphone, et qu'on se retrouve, avec la fille très belle. Elle me donnait rendez-vous sur un terrain vague, du côté de cette artère dénombrée, envahie par les voitures, et les cinémas. C'était là que le feuilleton allait se terminer.

 

Je marchais. Je m'arrêtais. J'hésitais à aller plus loin. Est-ce que je pouvais retarder l'issue ?

 

Les questions s’accumulaient tandis que les jours raccourcissaient. Est-ce que le flamand accepterait de quitter son campement et de retrouver la fille très belle ? Qu'est-ce qui n'allait pas entre eux ? Pourquoi deux personnes qui s'aiment finissent par se déchirer ou, pire, s'indifférer ? Est-ce que Monsieur Détecteur rendrait < > les plaques ?

Lecteur, c’est le moment de (te) poser des questions.

Ã? suivre

Aliette Griz

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