Le feuilleton de l’été 6 : Monsieur Détecteur se retourne

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1965
Gars qui lit un feuilleton dans le journal

 

Merci à toi, fantôme, et à ton pouce absent, je suis sauvée. La narratrice à la tête dure, étalée sur la Chausssée de Vleurgat, se relève, donc, et compte ses bleus. J'aime bien compter mes bleus. C'est une activité qui reconnecte avec soi-même, à travers la réalité de la peau sans photoshop. Salutaire.

 

Une fois bien rassurée sur moi-même, j'allais remonter sur mon vélo, un peu contusionnée, les doigts pleins de cambouis, quand j'aperçus (enfin) une silhouette familière.

De dos, rien n'était sûr.

Mais c'était possible.

Que ce soit lui.

 

L'homme

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que j'attendais et qui tardait à apparaître. C'est souvent comme ça, avec les hommes.

 

Monsieur Détecteur n'était pas « mon » homme idéal. Mais, comme personnage, il ne m'avait jamais déçue. Il savait faire monter la tension dramatique, et ne se laissait pas impressionner par les questions de vie ou de mort. Monsieur Détecteur avait une faculté étonnante à rester à la frontière du réel. S'il se pointait dans mon feuilleton, avant les amoureux potentiels de l'été, je ne devais surtout pas le laisser filer.

 

Je poussais donc un cri de surprise suffisamment explicite pour que le dos que j'envisageais se retourne. Et c'était bien lui.
< >

Il avait à peine vieilli, sa barbichette, un peu blanchie.

 

Par contre, il était toujours de la partie. Il détectait de plus en plus. Pension retardée, vieillissement suspendu, pour cause de mission humaine. La sécurité, c'est un must. Depuis notre dernière rencontre, il s'était lancé aussi dans les caméras de surveillance. Ã?a marchait super bien. Et l'été, ses activités se concentraient autour des alarmes de maison. Bref, dans un contexte de crise < > un peu difficile, il avait su se diversifier, et sa petite entreprise tournait.

 

Ses activités auraient pu le rendre cynique, mais il était resté poète. L'été dernier, il avait même été à la rencontre des Indignés, entre le Carré de Moscou et la Place Morichar. Il avait eu une brève aventure avec une fille un peu distraite sur tout, sauf sur ses convictions de fer. Ils s'étaient séparés : la détection / alarme / caméra, elle ne s'y était jamais fait.

 

Et toi, qu'en dis-tu ? Cette fille, elle était pas faite pour lui, non ? Si tu insistes, j'écris leurs retrouvailles, et je les propulse révolutionnaires de l'amour. (Mais si tu veux mon avis, ils vont passer leur temps à s'engueuler.)

Ã? suivre

Aliette Griz

les feuilletons précédents :

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3

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