Le feuilleton de l’été 20

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Gars qui lit un feuilleton dans le journal

 

Le gouvernement avait décrété qu'il fallait hydrater les citoyens, maintenant qu'ils avaient bonne mine, et que le taux de vitamine D était stabilisé. En théorie, il suffisait de boire 1,5 litres d'eau par jour. En pratique, les citoyens n'étaient pas disciplinés. Il y avait des potomanes, qui buvaient trop. Des alcooliques, qui s'enfilaient 1,5 litres de toutes sortes de breuvages, mais pas d'eau. Des dingues de smoothies, qui ne supportaient plus que les fruits mixés en guise de rafraîchissement. Les buveurs de bière. Les adeptes de thé. Les accrocs au café. On ne s'en sortait plus. Il fallait trouver un compromis. Sans compter que la drache n'était pas loin. Hydrater, et vitaminer à la fois. Comment faire ? Chaque citoyen était invité à se présenter au service compétent mis en place dans les hôpitaux, pour se faire poser une puce électronique, qui permettrait de vérifier l'état général de la population en temps réel.

 

J'avais rendez-vous le lendemain matin, pas enthousiaste, à l'idée qu'un corps étranger, aussi miniature soit-il, me soit inséré sous la peau. Monsieur Détecteur avait raison. On ne pouvait plus se passer de technologie, pour survivre. J'étais tentée de le rappeler, pour reparler avec lui de son projet ambigu, et lui demander pourquoi il ne proposait pas ses services au gouvernement, qui avait l'air tout à fait prêt à détecter les manques de la population, et à les combler.

 

Mais.

 

Mais avant cela, je devais finir le feuilleton. Un final, ça ne se rate pas. Il restait une semaine avant la fin officieuse de l'été, début septembre. On avait eu froid. On avait eu chaud. Il drachait. Je devais dresser un bilan météo, raconter l'enchaînement des événements, les retrouvailles entre la fille très belle et le flamand, faire le point sur la conscience politique de Monsieur Détecteur, et rendre à Bruxelles un peu de tranquillité.

 

Mais.

 

La fin du feuilleton m'angoissait. J'aurais voulu continuer encore longtemps à écrire, cette histoire, pas prévue, sans la construire. Justement, sans la construire. Simplement l'écrire. J'avais tant appris de la fille très belle, cinq ans après, compati à ses désillusions, et apprécié son sens de l'organisation, malgré sa capacité à aimer limitée. Le Flamand aussi s'était révélé un bon compagnon de route. Un étonnant fugueur, complètement imprévisible, prêt à squatter des bâtiments publics, malgré son respect des institutions européennes.

 

Mais il fallait s'éclipser, laisser la place à la rentrée littéraire, qui promettait comme tous les ans de nous en faire baver.

 

J'étais devant mon clavier, les doigts mélancoliques, quand le téléphone sonna.

 

Et toi, lecteur, à la rentrée, tu as le blues ou tu t'amuses ?

 

Ã? suivre

Aliette Griz

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