Le feuilleton de l’été 16

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Gars qui lit un feuilleton dans le journal

 

Le flamand était perdu. Complètement perdu. C'est vrai qu'il aurait pu essayer de se retrouver, mais pour cela, il aurait fallu qu'il admette qu'il ne savait plus où il était. Impensable. En plus d'être taciturne, ce garçon était têtu. Et concernant la ville, le flamand était persuadé de s'y déplacer avec la supérieure aisance de celui qui y a usé ses jeans sur le mobilier urbain, trempé ses baskets sous des draches persistantes, et rencontré l'amour dans un tram. Or, il ne reconnaissait plus Bruxelles. Mais il ne pouvait pas se résoudre à l'admettre. Depuis quatre jours, il tournait en rond, dans un quartier qui était devenu méconnaissable, plus de noms, ni de numéros, en attendant de trouver l'élément qui le renverrait dans la bonne direction.

 

Il n'était pas seul dans son cas, et cela facilitait l'errance, en la rendant acceptable. Il y avait désormais des bivouacs clandestins, dans des immeubles en attente de nouveaux locataires. La solidarité des égarés fonctionnait bien. A la nuit tombée, les piétons se rassemblaient et décidaient où s'installer, un peu comme des campeurs sauvages. La police essayait bien d'empêcher le mouvement, en organisant des rondes et des factions, devant les immeubles publics. Mais, l'humeur des errants était facétieuse, les années sans gouvernement, et l'approche d'une crise mondiale aussi désespérante que porteuse d'avenir n'incitait pas les hommes et les femmes de partout, (et de Bruxelles en particulier) à l'obéissance. Les individus les moins portés à tout engrenage libertaire finissaient, comme les autres, par se cacher de la police à la tombée de la nuit, par pur amusement. Le militantisme était minimal, voire inexistant : ce n'étaient que quelques touristes et / ou autochtones qui jouaient aux indiens.

 

Alors, on le tourne, ce western belge ou on le détourne ?

Ã? suivre

Aliette Griz

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