Le feuilleton de l’été 9

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Gars qui lit un feuilleton dans le journal

Entre les départs planifiés et / ou précipités que connaissait la ville, Monsieur Détecteur vivait un mois exceptionnel, tandis que je faisais mes premières courses en tant que Mappa Girl.

 

Il installait des caméras et même des webcams, qui permettraient de se connecter à telle ou telle pièce de la maison, comme si les propriétaires y étaient. Sauf qu'ils n'y seraient pas. Les maisons resteraient vides. Mais pas abandonnées. Le but était aussi de prévenir une crise de mal du pays aiguë, plus fréquente qu'on ne pourrait le penser.

 

Monsieur Détecteur en connaissait un rayon en matière de psychologie du manque, il avait bâti tout son commerce sur les angoisses humaines, aidé en cela par l'extrême propension médiatique à se concentrer sur les drames humains les plus quotidiens et les plus sordides.

 

Son intervention ne garantissait pas l'immunité, mais la panoplie de ses produits domestiques était pensée pour rassurer les plus anxieux. Les clients pourraient même assister en direct au cambriolage de leurs maisons, ou constater le méfait et évaluer les dégâts à distance,

 

Pour ma part, je guidais chaque jour des hommes et des femmes sans trucage sans me soucier des convoitises que mon habitation pourrait susciter, et au drame que représente l'intrusion. Un jour, probablement, ma porte serait ouverte, ma fenêtre explosée, mes affaires étalées. Je ne serais pas prête, et j'aurais besoin de temps pour accepter. Mais je ne pourrais pas me plaindre, Monsieur Détecteur, m'avait (donné son téléphone) appris l'importance des fantasmes, et le prix de la fiabilité. J'attrapais la petite carte cornée, le numéro était parfaitement lisible.

 

Le débat est ouvert : faut-il se déposséder pour mieux sentir la richesse ?

 

Ã? suivre

Aliette Griz

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