Le feuilleton de l’été 22

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Gars qui lit un feuilleton dans le journal

 

Cet été, grâce au feuilleton, j'avais passé beaucoup de temps dans les rues de Bruxelles, (même quand j'étais tout à fait ailleurs) et marché, sous la pluie, puis pendant la canicule, quand chaque déplacement demandait des efforts. Marcher doucement, chercher l'ombre, si possible, économiser ses forces, et ne pas regarder le soleil en face. Tout le monde avait pesté contre les parapluies et les trench, avant d'être accablé par la chaleur. Le soleil tant attendu avait été trop fort. Les gens en étaient malades. Sur les webcams, j'avais pu voir des piétons tituber sur les trottoirs, complètement assommés par la chaleur.

 

Ce jour-là, l'air n'était ni trop chaud, ni trop froid. J'inspirais à fond, les pieds en cadence, sans vraiment regarder autour de moi. Mais une fois lancée, j'avais eu l'impression de reconnaitre, puis non-ce-n'est-qu'un-inconnu-de-plus, une bonne partie des piétons croisés. La femme du magasin de propolis, la voiture qui m'avait renversée, ambiance déjà-vu-on-boucle-tout, le tram. Etait-ce le même ? Les familles à casquettes, les filles seules probablement tentées par une rencontre, les autres filles absolument imperméables à toute logique de couple, les garçons qui cherchaient des filles, et les personnes un peu âgées qui cherchaient de la compagnie. Toutes les personnes croisées cet été semblaient s'être donné rendez-vous sur le trajet qui me menait vers la fille très belle, sauf que ce n'étaient pas eux.

 

A un moment, je vis même Monsieur Détecteur, résolument dirigé vers moi, accompagné de ses clients de la rue de la source. Qu'est-ce qu'ils me voulaient, tous ? Mes fantômes de l'été n'avaient pas peur de me confronter en plein jour, mais, assurée que c'était bientôt fini, et que j'allais pouvoir les oublier, (au moins pour les cinq prochaines années), je les reconnaissais, avant de constater la légère différence entre eux, et ceux que j'avais cru reconnaître. Les gens ne sont pas eux-mêmes.

 

Par contre, alors que j'étais sure d'être encore victime d'un mirage, je marchais bientôt à côté d'un jeune homme aux vêtements fripés, qui portait un vieux livre à la main. Je changeais de trottoir, lui aussi. Je traversais une rue. Lui aussi. J'hésitais à continuer. Lui aussi. Est-ce qu'il me suivait ? Oui. Lui aussi, il voulait en finir, après des jours d'errance dans la ville. C'était bel et bien le flamand. (C'était bel et bien la fin.)

 

On approchait. En silence. Ni lui ni moi n'avions le cÅ?ur à parler. Pourtant, on aurait pu se mettre mutuellement au courant de ce qui nous avait menés à cette rencontre. On aurait pu renseigner le lecteur et lever quelques zones d'ombres de cette histoire. Est-ce qu'il avait soudainement décidé de retrouver la fille très belle et qu'il me croisait par hasard ? Est-ce qu'au contraire, ce jeune homme disparaissait et réapparaissait de manière très calculée ? Ou alors le camping sauvage, ce n'était pas son truc ?

 

J'aurais pu lui demander. J'étais l'auteur, après tout. Mais, depuis le début du feuilleton, j'avais laissé toute liberté aux personnages. Le flamand n'avait aucun compte à me rendre, il était là, à mes côtés, il avait confirmé que c'était bien lui. Il était prêt à finir l'histoire, avant d'aller prendre une douche. Ce dont il avait le plus envie (à part peut-être de mordre les fesses de la fille très belle), c'était de se laver. Et aussi, de trouver un nouveau vieux livre à lire.

 

Et toi, tu en < > es où de tes lectures estivales ?

Ã? suivre

Aliette Griz

les feuilletons précédents :

21

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1 COMMENT

  1. Moi de mes lectures estivales, je me suis surpris lire, chaque publication de ce feuilleton, parfois n’y rien comprendre : ne sachant si c’est cause de la disparition des rues, me faisant perdre le sens du nord, ou parce que j’tais loin, me rendant parfois indiffrente la vie bruxelloise, moins que seuls les personnages ne soient blmer : ils vont et viennent au gr des pisodes sans se concerter, laissant parfois le lecteur tout seul, quand un pisode les cherche et qu’aucun n’apparat.

    Au final, je me rends compte que ce feuilleton est addictif et qu’il renvoie un univers connu : les rues de Bruxelles lors d’un t qui vacille entre « temps pourri » et « canicule » et un univers mconnu du plus grand nombre : le monde intrieur de l’auteure, qui crit entre plongeon dans la piscine et aires d’autoroute, cris d’enfants et quelques zones frontalires….

    C’est une srie de textes surprenant, drle, potique, original, qui entre en douceur dans l’imaginaire du lecteur et qui finit par le hanter… !

    C’est donc avec impatience que j’attends le final, pour revoir l’auteure qui me manque et pour voir enfin rassembler les personnages… quoique je ne m’attends rien car, ils ont eu l’habitude de n’en faire qu’ leur tte et de ne jamais se trouver l o on les attend !

    Voil donc o j’en suis de mes lectures estivales…. j’espre avoir rpondu la question de manire, si pas concise, au moins dtaille et avec profondeur et honntet…

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