Le confinement vu d’Ixelles

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Ixelles

L’ambiance est un peu bizarre à Ixelles depuis quelques jours… (Un article de Nikita Gilles, merci à elle)

La place Flagey sans son marché fourmillant, sans une bonne partie de ses commerces, sans le mobilier cramoisi clinquant et les conversations animées de la terrasse du Belga, sans l’odeur appétissante et la file de badauds s’étant laissés tenter qui s’allonge habituellement devant le fritkot dès que le soleil pointe le bout de son nez…

Pourtant c’est à croire qu’il n’a jamais fait aussi beau que depuis qu’on est tous confinés chez nous ! Cette météo est parfaitement insolente… Ce serait un temps rêvé pour flâner le long des étangs d’Ixelles ou dans le parc Léopold, se poser au bord de l’eau, regarder passer les canards nonchalants, les cygnes fiers, les oies débonnaires, profiter un peu du soleil entre amis autour d’un verre ou sur un banc. Mais que nenni ! La police veille au grain…

Et c’est vrai, la toile est unanime, qu’elle a de l’humour, notre police, quand elle passe sur les haut-parleurs de ses voitures de patrouille cet excellent pastiche de Claude François par Yann Lambiel qui scande haut et fort à tous Reste à la maison, même si y’a le printemps qui chante ! Mais ça rigole tout de même beaucoup moins, quelques centaines de mètres plus loin, quand il s’agit de « recadrer » les passants qui osent s’asseoir sur un banc sur la place Flagey. Il paraît que ça commence même à verbaliser pour ce motif. Je n’ai pas le contexte et si j’essaie de me mettre à la place des forces de l’ordre, j’imagine sans peine les heures supplémentaires qui défilent au compteur et les nerfs qui se tendent d’autant plus en cette situation de crise nationale. Mais aujourd’hui, en 2020, s’asseoir sur un banc pour profiter du soleil quelques instants, même sans être plus de 2 personnes ensemble vivant sous le même toit, même en étant à 3m de l’autre être vivant le plus proche, ça semble être devenu un crime impardonnable. Banderoles de scène de crime à l’appui…

Ixelles

« Oui, mais attention aux particules fines qui restent en suspension dans l’air », diront les plus précautionneux. « Bande d’inconscients irresponsables, vous mériteriez de l’attraper et de ne pas être réanimés en cas de détresse respiratoire », diront les plus extrêmes. « On s’en fout c’est jamais qu’une grosse grippe, puis moi je suis jeune et en bonne sant?, diront les plus insouciants à l’autre extrême. « Il faut quand même bien que l’Etat renfloue ses caisses », diront enfin les plus cyniques. Moi, j’ai presque l’impression de me retrouver dans la BD Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro (petit chef d’oeuvre de satire et d’humour absurde, au passage !), et je ne sais pas trop quoi penser de tout ça, quoi faire d’un monde ou en l’équivalent d’une semaine environ et avec une facilité qui me déconcerte quand même un peu, s’asseoir sur un banc deux minutes tranquille, c’est devenu un crime… ?
La vertu, c’est bien connu, est sans doute à trouver quelque part au milieu.

J’ai pourtant l’impression qu’ils sont plutôt disciplinés, les Ixellois. Ils font la file sans broncher devant la pharmacie sur le coin de la place, devant la boulangerie La fleur du pain – surtout le dimanche, même en cette période un peu bizarre où nos habitudes sont chamboulées, le passage par la boulangerie du dimanche, faut croire que c’est sacré ! – et même devant le White Night le soir. Les fidèles du Wybeck continuent à aller chercher leurs en-cas maison et à payer cash ? mais uniquement dans un gobelet prévu à cet effet passé à travers la vitre, comme ça, pas de contact !

Faut dire, on a quand même la chance d’avoir encore quelques bonnes petites adresses qui ont pu rester ouvertes d’une manière ou d’une autre : l’épicerie japonaise Tagawa (chaussée de Vleurgat) et ses plats traiteur d’enfer, les Super filles du tram (rue Lesbroussart) dont les non moins super burgers restent disponibles en take away ou livraison, ou encore la géniale fromagerie du Comptoir du Samson dont les 2 soeurs continuent de nous régaler de leur bonne humeur, de fromages bien sûr mais aussi de charcuteries et de pains artisanaux à tomber par terre.

De quoi nous rendre le confinement plus doux, même si on n’a pas la chance d’habiter le long des étangs et qu’on est plutôt, comme c’est mon cas, dans un 45m² sans balcon ni terrasse…

Non, Flagey, même dans cette période étrange, voyons le positif, ça peut rester un coin plutôt chouette. Bon, le bruit des ambulances, des sirènes de pompiers, des mégaphones de policiers s’est intensifié, mais au moins la circulation est un peu moins source de crises de nerf diverses et variées que d’habitude, c’est déjà ça.

Alors par contre, ce qui est encore pire qu’avant, c’est le Proxy Delhaize. Ça doit déjà être un des pires de Belgique en temps normal. Mais là… c’est Bagdad, c’est Beyrouth, c’est le système immunitaire d’un asthmatique chronique devant le covid19, bref ! une zone sinistrée (trop tôt pour en rire, peut-être ? Désolée, l’humour noir c’est cathartique). Je dis ça, j’ai facile, je n’aimerais clairement pas être à la place des pauvres caissiers/réassortisseurs qui bossent là-bas. Mais si vous voulez une vision moderne de l’enfer sur Terre, je crois qu’on ne doit pas en être bien loin. « Fuyez, pauvres fous ! » et préférez marcher juste un peu plus loin jusque la rue de Henin ou l’avenue de la Couronne…

On vit quand même une époque étrange

D’un côté je les comprends, ces gens sur leurs gardes, gantés, masque bien en place, qui se changent dès qu’ils rentrent chez eux, désinfectent leurs semelles, mettent leurs courses et leur courrier en quarantaine, on ne sait jamais, juste au cas où. C’est facile de rester calme et flegmatique quand, comme moi, on est jeune, en bonne santé, pas à risque et qu’on est à bonne distance de ses proches qui pourraient l’être. N’empêche que ça fait bizarre, d’ouvrir doucement la porte de son commerce – je bosse à la Librairie Flagey, sur un des coins de la place, et on a bien sûr fermé mais même si on livre autour d’Ixelles – juste au moins pour dire « bonjour », avec le sourire, à distance tout à fait respectable, et de voir son interlocuteur prendre ses jambes à son cou sans un mot, le regard fuyant, comme si ce bonjour était une agression. C’est ? heureusement ! – un cas isolé parmi plein d’autres gens aimables et chaleureux malgré le social distancing de rigueur, et vu ce qu’on vit tous je ne veux jeter la pierre à personne, mais ça interpelle un peu.

C’est assez particulier, j’en suis de plus en plus convaincue en discutant avec mes connaissances confinées en province voire à la campagne, de vivre ça dans une grosse ville comme Bruxelles, où la densité de population semble exacerber toutes ces réactions somme toute très humaines : la solitude malgré la multitude de gens autour, l’inquiétude et la méfiance des uns, l’insouciance des autres… mais aussi, on peut le saluer quand même, l’entraide et la solidarité ! Il y a beaucoup de chouettes initiatives et plateformes qui voient le jour. Pourvu que ça dure (la solidarité, pas le confinement bien sûr!), à Ixelles ou ailleurs :) Prenez tous bien soin de vous et de vos proches !

Edit : et moi qui voulais quand même terminer sur une note positive en écrivant ce petit billet hier soir, j’apprends ce matin qu’une vague de cambriolages et de vols avec effraction a frappé les commerçants du coin cette nuit…
Force et courage à eux tous !

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Après Ixelles/Flagey, votre commune/quartier ?

En ces temps quelque peu moroses, alors que nous sommes tous confinés, l’équipe de BXLBLOG a décidé d’écrire. Sur l’ambiance qui règne dans nos belles communes bruxelloises, sur les gens… On a donc commencé par Koekelberg, Watermael-Boitsfort, Uccle, Jette, Laeken, Bruxelles, Forest, Auderghem et maintenant Ixelles et on essaiera de le faire pour les 19 communes. On essaiera car on n’est pas présents dans toutes les communes.

D’ailleurs, si tu habites une des dix-neuf entités, que tu as envie de raconter ce qu’il se passe tout près de chez toi quand tu sors faire tes courses : WELCOME. Un petit mail et c’est parti!

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