Le feuilleton de l’automne 10 : l’épidémie

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Entre deux spasmes, Griz regardait autour d'elle.

Une épidémie. C'était une belle épidémie, politique. Les Belges et les autres, tous les inscrits au scrutin, avaient le ventre en vrac, à l'idée d'aller voter. Il faut dire que la dernière fois qu'ils s'y étaient risqués, les choses ne s'étaient pas passées comme prévu.

Une femme, un peu théâtralement, se couchait contre le médecin qui l'interrogeait, ce qui complexifait la relation du médecin au malade. Un couple de pensionnés-tout-mignon, se massaient mutuellement l'estomac, bras dessus-dessous. Ils n’avaient jamais eu l’air aussi heureux de leur vie. (Il y a des inconscients partout.) Une mère de cinq enfants, ses cinq enfants, son téléphone, les cinq livres de ses cinq enfants, la discrétion en plus, protestait toutes les cinq minutes auprès des cinq infirmières de salle. Un homme extrêmement barbu et sa femme pas très visible se tenait debout, dos à une porte qui s'ouvrait et se fermait régulièrement, sans que cela lui donne l'idée de se retourner ou de changer de place. Une femme, sa mère, sa fille, et leur chienne, suivaient des yeux sans un mot la mère de cinq enfants, à chacune de ses tentatives pour ameuter les infirmières. Ã?a, c’était pour les quelques isolés qui gardaient leur calme. Le reste de la majorité silencieuse l'était de moins en moins : à l'évidence, la souffrance rendait les gens amers.

Est-ce que les élections pourraient être annulées, avant même d'avoir eu lieu ?

A suivre

Aliette Griz

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