Le feuilleton de l’hiver 5 : un diabolo rue de laeken

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La Reine Fabiola avait demandé à le voir. Monsieur Détecteur.

C'était la première fois qu'il la rencontrerait (en chair et) en os. Alors que dans son métier, il savait prendre sur lui les angoisses des autres, devant une perspective aussi… Il hésitait : ho(no)rifique ? Il paniquait. Ses petites dents claquaient, il ne se sentait bien qu'avec les jambes et les bras croisés, et restait enfermé à boire un diabolo toutes les deux heures, du côté de la rue de Laeken. Il avait besoin d'être rassuré, et il avait < > pensé à moi. Pourquoi ? (Lui demandais-je.) 'Parce que j'étais la seule femme qui avait toujours su le comprendre.â? (Les confidences de Monsieur Détecteur ne m'aidaient pas toujours à y voir plus clair sur ma vie.) Je n'avais jamais approché la reine moi-même, et, à cause peut-être de toutes ces années passées à étudier sur les chaises de la République Française, en rêvant au souffle révolutionnaire, j'avais toujours eu du mal, à comprendre, à quoi pouvait bien servir une reine. Les reines, c'était bon pour les contes, ça joue très bien son rôle dans un conte. Ã?a peut même devenir méchante, ou faire le mal. Mais dans la vie. La vraie vie. D'un vrai pays. En crise. Ã? part porter des chapeaux… C'est moins facile de se prononcer.

J'acceptais pourtant de retrouver Monsieur Détecteur, qui paniquait en m'entendant développer mon récit d'une époque qui avait tellement bien coupé les cous. La crise d'angoisse n'était pas loin. Je lui avouais alors pour le rassurer, qu'il avait raison. J'étais la femme de la situation, avec moi, il serait paré pour le bleu, parce que mon sang l'était un peu. Enfin, on me l'avait dit. Même si manquait la particule qui aurait confirmé publiquement l'appellation d'origine. (Et quand on me disait que j’étais bonne, c’était rarement relatif à mes manières.) Mais ma grand-mère me racontait tellement bien les intrigues de cour, je devais en avoir retenu quelque chose. Et puis, j'avais vu plusieurs fois Sissi Impératrice, et Angélique Marquise des Anges. C'était quand même plus intéressant quand seule une fraction infime de la population avait accès à l'éducation, tout le monde savait exactement à quoi s'en tenir sur sa position sociale, nulle confusion des genres : le monde se partage en deux catégories. Ceux qui portent des diadèmes dans des châteaux, et les autres.

Mais bref, c'était fini. En France, tout au moins. Tout le monde pouvait maintenant accéder au pouvoir, sous les applaudissements, avant le lynchage médiatique qui suivrait. Il suffisait de suivre quelques règles :
Pour commencer le jeu, il faut être candidat pendant une campagne électorale.
Ensuite, les candidats lancent des promesses aussi grosses que la dette extérieure.
Ã? un moment du jeu, l'un des candidats est élu.
Mais ça n'est pas fini.
C'est là que ça commence.
Enfin : la vérité éclate, façon boomerang de promesses qui reviennent réclamer leurs accomplissements.
Celui qui est élu se fait rammasser par ses ex-supporters, plus tous ceux de ses concurrents. Game Over.

Ã? suivre

Aliette Griz

Ã?pisodes précédents :

4

3

2

1

 

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