Le feuilleton de l’hiver 1 : sapin-party

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Le ramassage des sapins n'avait pas eu lieu cette année.

Cette phrase était parfaite pour recommencer. Le feuilleton. (J'avais hésité avec : 'La nouvelle édition en ligne du Soir, avec layout à capsules et articles réservés aux abonnés vient de sortir.â? Mais on ne sentait pas assez la tension dramatique de l'hiver à Bruxelles.) Parce que oui, c'était l'hiver, quoi. On avait changé de saison et je restais inerte comme un sapin desséché. Le(s) lecteur(s) inconditionnel(s) allaient finir par m'en vouloir. (m'oublier.) Alors que le projet, c'était de couvrir les quatre saisons. L'été et l'automne étaient bouclés, déjà la moitiéâ?¦ (Ce qui est bien, avec Internet, c'est cette impression d'urgence, le monde entier est suspendu à quelques mots, qu'il faut mettre en ligne, le plus régulièrement possible.) Il en restait deux. (Ce qui est bien avec Internet, c'est cette impression de liberté, le monde entier est dispersé entre tous les mots, et l'absence passe relativement inaperçue.)

Les sapins restaient, alors que la ville avait distribué des fascicules extrêmement détaillés, qui annonçaient un ramassage séquentiel. Les habitants, d'abord un peu perdus entre les communes sans et avec exceptions, (on aimerait tous être un peu exceptionnels) avaient fini par sortir leurs sapins morts sur le bitume transi comme une viande passée par la chambre froide. Mais. Les camions n'étaient pas passés. Et la preuve était là : dans ma rue, plus des trois quarts des gens avaient décoré un sapin du genre qui garde ses aiguilles. Impossible de nier que nous étions concernés par (noël) la propreté. Mais, aussi, un peu las. Du coup, la nuit, c'était Sapin-Party sur les trottoirs, un nouveau jeu qui consistait à (se défouler) lancer des sapins d'un côté de la rue à l'autre. Comme ça. Par désÅ?uvrement. On ne pouvait pas passer sa vie à être des bons citoyens.

Je jouais donc à Sapin-Party toutes les nuits, en cherchant l'inspiration. De quoi se nourrit l'écriture ? Dans les pays sans faim, pour noël, on passe presque deux semaines à manger, gueuletons familiaux (j'ai une grande famille), et cadeaux à gogo. Après, une fois qu'on s'est bien fait (mal) plaisir, et qu'on n'en peut plus de toute cette bombance, il faut retourner à ses activités. Rien n'a vraiment changé entre-temps, à part, peut-être, notre appétit. Je n'avais plus envie de parler de victuailles.

Plus assez faim. Je faisais la diète des lettres, et des mets. Je mangeais des restes. Le genre de nourriture qui se réchauffe, se consomme et se digère vite. Je pouvais éventuellement écrire un feuilleton de ce genre, il devait bien me rester quelques mots de l'hiver 2012. (le recyclage n'est pas une mauvaise chose.) Mais, quand je pesais le pour et le contre (ma balance était intransigeante), il n'y avait aucun doute : ça ne faisait pas le poids. Je ferais mieux de m'octroyer une petite frite, sur un coin de comptoir, et la bière qui irait avec.

Ã? suivre

Aliette Griz

 

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