Beliris, la preuve de la bruxellité de Didier Reynders ?

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Photo Belga.

Pour mon premier billet de bxlblog, Mateusz m’avait demandé de réagir au prétendu faible nombre de Bruxellois dans le nouveau gouvernement fédéral. Presque trois ans plus tard, dès la composition du gouvernement Michel connue, j’ai immédiatement relu mon ancien texte et Mateusz m’a parlé de le mettre à jour.

En réalité, il n’y a pas grand chose à dire qui dépasse la simple politologisation (intervenir à titre d’expert sans avoir rien d’intéressant ou de neuf à dire). On peut plus que jamais se poser la question de la représentation des Bruxellois au gouvernement, puisqu’il y en a plus qu’un. Personnellement, je suis assez sceptique quand on évoque l’idée de représentation comme miroir de la société. Demander à une personne d’être le reflet de la diversité d’une population (ici de 1.100.000 habitants) est pour moi un raccourci un peu populiste. Tout comme le Bruxellois n’existe pas, un ministre ne sait pas représenter pas son entité d’origine, mais il peut attirer l’attention de ses collègues sur des spécificités locales, j’en conviens. Cependant, les responsables politiques font dès qu’ils le peuvent de savants calculs d’équilibre géographique. Évidemment, c’est d’autant plus facile que l’on est responsable du MR en 2014 et que l’on a 7 maroquins à distribuer, mais quand on est président de parti et futur premier ministre il y a des considerations stratégiques à prendre en compte. Celles-ci passent visiblement plus par le Hainaut et par Liège. Pour la comparaison, Bruxelles envoie 15 Représentants à la Chambre, comme Liège, mais le Hainaut en envoie 18, car sa population est plus grande. Selon cette logique, Bruxelles serait défavorisée puisqu’elle aurait autant de ministres que le Brabant wallon (5 sièges à la Chambre).

Je relève comme vous ce constat arithmétique, mais je ne vais pas aller plus loin, car l’étape suivante serait de se demander si un ministre blanc, mâle, ucclois, la cinquantaine et universitaire est un vrai représentant de Bruxelles. Quand je vous disais que c’était un terrain glissant… En revanche, je crois que des ajustement auraient pu se faire sur la photo globale, mais force est de constater que ce gouvernement est encore plus blanc et mâle que la Commission européenne. Par ailleurs, pour prolonger mon raisonnement de 2011, je ne pense pas qu’on puisse remettre en cause la légitimité de Didier Reynders en tant qu’élu bruxellois. Fort de 54.475 voix, il est le mieux élu à Bruxelles, devant Laurette Onkelinx (41.621) et Olivier Maingain (32.246). Enfin qu’il n’y ait pas de ministre bruxellois néerlandophone n’émeut pas.

S’il n’est pas obligatoire d’avoir un ministre bruxellois au gouvernement, en pratique il est courant d’en avoir (au moins) un et de lui confier la responsabilité de l’accord de coopération Beliris qui permet de cofinancer des travaux dans le but de promouvoir l’image de Bruxelles en tant que capitale de la Belgique et de l’Europe. Nouveau ministre de tutelle, Didier Reynders (et/ou son administration) devra travailler main dans la main avec ses partenaires régionaux, ce qui n’est pas sans laisser craindre des tensions… politiques et non pas communautaires dans ce cas. En effet, situation pourtant classique dans une fédération, la majorité régionale n’est pas similaire à la majorité fédérale. Pire, le parti du ministre de tutelle est dans l’opposition régionale. Disons que cela constituera un test de maturité fédérale et que la bonne exécution de l’accord de coopération pourra démontrer à ceux qui la réclament encore, une preuve de bruxellité, de loyauté de Didier Reynders envers sa Région d’adoption.

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