Quand piétonnier rime avec écrasé

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Si à BxlBlog, le piétonnier est plutôt vu comme une aubaine pour Bruxelles – nous avons déjà commis quelques articles en ce sens, mais pas que… -, il est indéniable que les travaux durent depuis longtemps et qu’ils génèrent beaucoup de nuisances. Voire énormément pour certains habitants et commerçants. Ces derniers étant les principales victimes collatérales d’un projet qui sera profitable à tous une fois terminé. Encore faut-il qu’on en voit le bout.

Si je reste un fervent défenseur du piétonnier, il est clair que des commerçants en bavent, perdent une bonne partie leur clientèle . Beaucoup plus que nous, ils attendent que les travaux se terminent. Virginie Monu a créé Jour de fête en 2012, sur le boulevard Anspach, près de la place Fontainas. C’est un chouette établissement qui marie un excellent restaurant et une salle de fête, le tout dans un écrin ma foi fort joli. Aujourd’hui, elle lance un appel à l’aide via cette carte blanche que nous relayons ici. Comme elle l’écrit très bien, elle ne demande pas l’aumone, elle requiert juste un coup de pouce, d’un côté aux autorités, de l’autre à nous consommateurs, pour passer le cap de la fin du chantier.

Allez, on y va pour que ce bel endroit, ce chouette espace et que cette bonne bouffe ne disparaissent pas.

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Quand piétonnier rime avec écrasé

Il y a 7 ans, j’étais salariée : je pouvais vivre dignement. Aujourd’hui, je suis indépendante, je crée de l’emploi, et je vis sous le seuil de pauvreté.

Je n’ai pas grandi dans les beaux quartiers et je n’ai toujours pu compter que sur moi-même pour m’en sortir, avec l’idée que l’effort dans le travail finit toujours par payer.

Un diplôme artistique en poche, une formation de chef cuisinier et 16 ans de travail dans l’HoReCa : j’avais toutes les cartes en main pour lancer le projet dont je rêvais : un resto et salle de fêtes au coeur de Bruxelles. N’ayant qu’un maigre capital de départ et de l’énergie à revendre, j’ai été ravie de constater qu’il existait pléthore d’aides à ma disposition : aide à la recherche de lieu, à la création des plans financiers, prime de start-up, aide au développement durable, crédit social, etc. Tout est donc mis en place pour encourager ceux qui voudraient se lancer dans une activité indépendante.

En 2012, Jour de Fête est né : le seul restaurant du centre-ville proposant à la fois une cuisine de qualité et une salle de fêtes à prix démocratique.

Le succès est très vite au rendez-vous. J’engage un deuxième employé à temps plein pour pouvoir assurer les services. Animée par le souci de travailler dans le respect de la législation, je suis contrainte de me verser un salaire moindre… qu’un revenu d’intégration sociale ! En attendant, je travaille jusqu’à 100 heures par semaine. Je gagne moins de trois euros de l’heure.

Heureusement, il en faut beaucoup pour venir à bout de ma détermination

C’est sans compter sur les aléas de la conjoncture. En novembre 2015, les attentats de Paris entraînent une nette baisse de fréquentation du centre-ville. Les attentats de Bruxelles provoquent sa désertion pendant plusieurs mois. Pour pouvoir continuer à payer mes employés, je dois différer le paiement d’autres charges. L’Etat m’inflige alors des amendes extrêmement élevées pour retard de paiement. Le jeu classique de l’endettement s’installe. Depuis 2 ans, je me heurte continuellement à une administration inflexible, froide, mécanique. A mes heures de travail s’ajoutent des heures à naviguer entre des services qui ne communiquent pas entre eux. Pourtant, je continue d’y croire. Je viens de loin, ce rêve devenu réalité ne peut pas s’évaporer à cause de deux ou trois obstacles, aussi hauts soient-ils.

Nouveau coup du sort, depuis juin 2015, le boulevard Anspach est interdit à la circulation. On nous avait promis deux ans de travaux. On a eu trois ans de rien. Le boulevard dépérit.

Le coup de massue m’est asséné fin avril 2018, lorsque les travaux du piétonnier commencent enfin. Il m’est interdit d’exploiter ma terrasse et ce?à la veille de l’été ! Depuis quatre mois, je perds 70% de mon chiffre d’affaires, et aujourd’hui, Jour de Fête est menacé de faillite.

Je n’étais pas seule à applaudir le projet de piétonnier, mais aucun d’entre nous n’imaginait que nous devrions en assumer personnellement la mauvaise gestion… La date de la fin des travaux demeure pour nous un point d’interrogation. Or chaque mois est un nouveau combat et la motivation n’est pas un capital inépuisable !

Ne sommes-nous pas en droit d’attendre de l’Etat qu’il respecte ses engagements ou, à défaut, qu’il nous soutienne afin que nous ne coulions pas ? Nous ne demandons pas l’aumône, mais une prise de conscience pour faire face à une situation néfaste que nous subissons injustement.

A titre personnel, j’ai interpellé les politiques en leur faisant les propositions suivantes. Pendant les travaux :

  • Un gel des dettes envers l’Etat ;
    La suspension des amendes de 15% pour tout retard de paiement ;

  • La possibilité de contracter un prêt social pour maintenir l’entreprise à flot, à rembourser une fois les travaux terminés.

J’espère que ces propositions seront entendues.

Au-delà de mon expérience personnelle, c’est de la précarité des petits indépendants dont il est question. Les incohérences du système sont légion, il est impossible de les énumérer ici. La logique ne va en tous cas pas dans le sens de la création d’emplois de qualité, extrêmement difficiles à assumer financièrement. En outre, le soutien au lancement de petites entreprises fait l’objet, comme je l’ai souligné plus haut, de très nombreuses aides. Je salue ces initiatives, mais dans le même temps je déplore que ces aides n’existent que pour ce qui précède un projet, et non en soutien aux difficultés qui peuvent se présenter une fois celui-ci lancé.

Pour l’avenir de Jour de Fête, je m’en remets à la solidarité citoyenne : puisque l’Etat ne prend pas ses responsabilités, je me tourne vers ma fidèle clientèle pour me soutenir en venant déguster des antipasti au son du marteau piqueur !

Je rêverais de tenir le coup, mais si je dois mettre la clef sous le paillasson, ma détermination pourrait partir en fumée et mes employés et moi pourrions être pris dans les filets du chômage. Je bénéficierais alors d’un revenu plus élevé qu’aujourd’hui. Le monde à l’envers.

Virginie Monu

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Le restaurant Jour de Fête est ouvert :

  • du lundi au vendredi de 12h00 à 14h30
  • les mercredi/jeudi/vendredi & samedi soirs de 18h30 à 22h00.

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Allez, réservez au 02-512.38.00 ou via le site. Que cette image ne reste pas juste un bon souvenir. Qu’on puisse profiter de la terrasse une fois le piétonnier achevé.

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