Il est temps de s’adapter…

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Les
d’après Buchan et Hitchcock

Mise en scène Olivier Massart

‘Et bientôt, sans plus se poser de questions, on redémarre et on fonce à nouveau?â?

Les soirées théâtre, abonnement, organisation

agenda, dernière minute partir, être à l’heure? arriver toujours un peu essoufflés, avec aucun recul sur ce qu’on va voir, c’est un petit plaisir, de ne pas être prêt, à rien, et donc à tout, installés, pour consommer un produit culturel un peu différent, en temps réel, des acteurs, avec tous les risques de réussite et / ou de ratage que cela comporte, y aller les yeux fermés? Mais pour une fois, je me posais un peu plus de questions, il y avait de l’adaptation dans l’air.

Abonné du Public, Olivier Massart ne t’est pas inconnu, puisqu’il joue rejoue, (surjoue?) déjoue tous les ans, depuis des années? (Le Dieu du Carnage , Don Juan ?), et c’est donc avec la curiosité du spectateur qui veut voir comment l’acteur, va se transformer en metteur? (transposition?) que tu graviras les escaliers vers la salle de voûtes.

Traduire, convertir, un média dans un autre, un livre en film, un film en pièce? passer dans un autre registre, trouver la conversion, c’est un exercice risqué, et parfois franchement inutile. Pourquoi, qu’est-ce qu’on fout tout le temps, à ressasser, les trucs, est-ce qu’on va se perdre dans le ressassement ? Mais ça tombe bien, j’ai envie d’une année ressassante, (rassasiante ?) une année où le vu, le lu, l’entendu, soit aussi, du déjà-vu, déjà-lu, déjà entendu? Syndrome pré-alzheimer ?

Comme d’habitude, on avait pesté contre l’éternel bouchon, direction du quartier Madou (quand, mais quand les travaux seront-ils terminés ?), réjouis, malgré tout, d’être passés entre les gouttes à trois roues, et de continuer la soirée dehors plutôt que dedans, dans le noir, plutôt qu’éclairés, sans bouger, on ferait de notre mieux. GSM éteint, mais pas les sens.

, donc, reprise du livre de John Buchan (pas lu) et surtout du film d’Alfred Hitchcock vu il y a? 20 ans ? (Avant l’Internet, en tout cas). Adapté pour la scène anglaise par Patrick Barlow
en juin 2005, et traduit en français par Gérald Sibleyras? Quatre intermédiaires avant d’en arriver là, au Public, ce jeudi soir de première, la salle pleine sans être comble, tant mieux, je déteste être collée, complètement scotchée aux autres, en boule sur les sièges rabattables.

J’avais gardé un souvenir brumeux des 39 Marches, les brumes de ma mémoire et de l’Ã?cosse? Mais une chose était claire : ce n’était pas le film le plus évidemment fait pour la scène, l’adaptation relevait même d’une sorte de défi, et comment ça serait possible, là, Londres / L’Ã?cosse, Août 1935? dans la Salle des voûtes ? â?¦ Ã?a le serait, pourtant, envers et contre toutes les cascades, les dérobades, et les rigolades, ça l’était, dès la deuxième scène, plus ou moins, assez vite, en tout cas, en plein échauffement, ça commençait huis clos, dans une chambre, et ça posait tout de suite, il le fallait, la question de qu’est-ce qu’on allait bien pouvoir faire de sa vie ? Nom : Hanay, Prénom : Richard. Pas grand-chose, ce n’était pas (encore) un grand nom, attention à ne pas se vouloir un autre, et à tout faire pour ça, on le verra, c’est risqué.

Les 39 Marches, c’était le premier film dans lequel Hitchcock avait recouru au fameux ‘MacGuffinâ?, le nom de l’alibi qui fait courir les protagonistes, d’autant plus efficace qu’il reste abstrait, fantasmé. Le MacGuffin, c’est à la fois le ciment de l’histoire, et ce qui lui échappe totalement, il n’a de pouvoir que parce que chaque spectateur, avec les acteurs, l’investit d’une importance capitale, ce qui permet d’enclencher de folles péripéties.

Alors, une fois installée, même un peu zombie, la question c’était, le MacGuffin, facile de l’utiliser au théâtre, mais le reste, le film, ce film d’action et d’espionnage, je regardais le décor : deux malles, un fauteuil, un cadre de fenêtre? ça paraissait mince. Adaptation intériorisée ? Action racontée ?

Dans Les 39 marches, le MacGuffin, c’est une série de plans qui semblent avoir été dérobés? Par qui ? Pourquoi ? Comment ? Nous n’en saurons rien. Le film, à travers son personnage principal, court à la poursuite du moindre élément relié, le nom d’un lieu, une femme, qui, pourtant, ne veut pas faire partie de l’histoire? Toutes les petites coïncidences qui restent bien souvent complètement à plat dans toute vie, croiser telle personne alors qu’on poursuit tel but, et bien, dans le film, tout est en relation.

La pièce pousse le principe un peu plus loin, (pas trop loin non plus : il n’est pas question que quiconque, les acteurs? les spectateurs? quittent la salle en courant pour arrêter le moindre complot, et pourtant), il va falloir prendre le train, s’échapper, se faire prendre, s’évader à nouveau, trouver tel lieu en Ã?cosse, pour re-raconter cette fichue histoire d’espionnage un peu folle. Il va falloir que le décor, lui aussi, s’adapte, et que quoi que ce soit, ce n’est plus cela, ou encore autre chose : une malle, un siège de train, un lit, c’est cela aussi.

A quoi ça fait penser ? Pour ceux qui ont adoré Top Secret et remis ça avec plaisir avec OSS 117, mais qui n’ont pas peur de < > vivre le tout assis sur un siège un peu spartiate, avec des effets spéciaux encore plus spartiates?

Allez-y ? Mais oui, foncez, c’est le moment, il n’y aura pas de place pour tout le monde, sûrement pas, et c’est regrettable, parce qu’il est temps, de rire bêtement, de toutes sortes de gags éculés, de se régaler de la fidélité de l’adaptation, (tout ce qu’Hitchcock a filmé sera joué), et de se féliciter de l’inédite belgitude du tout? C’est en ce moment, chaque soir ou presque, (relâche les dimanche et lundi) le moment de courir (sous la pluie ou pas) après une vie plus mouvementée, d’en faire un roman, d’espionnage, d’amour, de vérité, et de mensonge.

 

 

(Petite parenthèse sur les spectateurs, de Bruxelles et de Paris? Ã? Paris, il y a dix ans? les spectateurs se levaient assez vite, aimaient bien ça, la standing ovation, un sport bien pratiqué. Ã? Bruxelles, pudeur ? Garder ses distances ? Redescendre sur terre en douceur ? Le succès est là, indéniable, dans les applaudissements, mais on ne se lève pas, on ne hurle pas son enthousiasme comme ça.)

Les critiques de l’adaptation française?

Les arrive 3e au top des votes des spectateurs dans le Mad?

 

Aliette Griz

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