Le musée du train est mort, vive Train World!

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Après de longues années d’attente (en français lire le communiqué de presse [pdf] de l’ARAU de 2008, ou en anglais lire l’article du Wall Street Journal de 2013), Train World a finalement été inauguré à la gare de Schaerbeek en septembre dernier.

Train World
Train « Train World » – crédit photo : @Exibit (Train World, octobre 2015)

Train World, c’est plus qu’un musée, c’est une promenade à travers l’histoire et l’univers ferroviaire belge, le tout magistralement mis en scène par François Schuiten. Pendant 1h30 (temps minimum estimé par les organisateurs), on passe de tableau en tableau, un peu comme si on visitait l’exposition « j’avais 20 ans en 45 », mais à Brüsel  évidemment et, pour tout dire, on en oublie le temps.

Train World
Unification de l’heure – crédit photo: @Exibit (Train World, octobre 2015)

J’ai eu un sentiment étrange en visitant Train World, celui d’une certaine fierté de la Belgique. Il faut dire que ce pays a un rapport particulier avec le chemin de fer. C’est un pays précurseur, aujourd’hui au coeur de l’Europe ferroviaire. En entrant dans la salle des pas perdus, première étape du parcours, j’ai pensé à ces capitales fédérales (on ne se refait pas, c’était mon premier sujet de recherche à l’unif) où l’on veille à ce que les visiteurs issus des quatre coins du pays (de n’importe quel État, de n’importe quelle Province?) se sentent chez eux dans la première ville du pays. Quoi de mieux pour ce faire que de présenter les fleurons de chaque Région : la gare d’Anvers, la gare des Guillemins et Bruxelles-Central.

Train World n’est pas un simple musée des trains, c’est une vitrine de l’histoire et du savoir-faire ferroviaires belges. Seuls des chefs d’oeuvre sont exposés, comme l’incontournable Type 12 Atlantic, une des dernières locomotives à vapeur mises en service en Belgique (c’est La Douce de Schuiten justement!). Avec une telle pièce maîtresse, on met par la même occasion en évidence le travail des ingénieurs et des ouvriers de l’industrie du bassin liégeois en général et de Cockerill en particulier. Subitement, j’ai vu défiler tout mon cours d’histoire de la révolution industrielle.  Ajoutez à cela le rappel des débats parlementaires de l’époque : faut-il investir dans cette technologie ? Le lait ne risque-t-il pas de se transformer en beurre durant le transport ?

Train World
Locomotive à vapeur – crédit photo: @Exibit (Train World, octobre 2015)

La Type 12 est mythique, car c’est aussi le « train fantôme », celui qui balada un millier de prisonniers politiques dans et autour de Bruxelles, empêchant ainsi le convoi d’atteindre l’Allemagne à la toute fin de la 2ème guerre mondiale. Cet acte de résistance n’a été possible que grâce au courage et à la bravoure de cheminots. Train World accorde d’ailleurs une belle place aux hommes (surtout) et aux femmes (dans une moindre mesure, la féminisation du métier de cheminot doit encore faire son chemin) qui rendent la circulation des trains possible. Une belle illustration en est la petite maison du garde-barrière, conservée sur le site de Schaerbeek et intégrée au parcours. Cela donne, par ailleurs, une idée du gigantisme des halls d’exposition.

La SNCB a eu pour slogan « le train, déjà un goût de voyage ». C’est évidemment clairement le cas si l’on évoque la Compagnie des Wagons-lits et le mythique Orient-Express. Cocorico – faut-il le rappeler? – leur fondateur est un autre Liégeois, Georges Nagelmackers. Moi qui me suis toujours méfiée du patriotisme débordant, je suis presque sortie du musée tout-à-fait chauvine. Je souligne également que je connais peu d’endroits à Bruxelles où j’ai croisé autant de visiteurs néerlandophones, mais au-delà des considérations sur l’emploi des langues, je note que ce jour-là Train World représentait assez bien une certaine Belgique en miniature.

Train World
Trans Europ Express (TEE) – crédit photo: @Exibit (Train World, octobre 2015)
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Trans Europ Express (TEE) – crédit photo: @Exibit (Train World, octobre 2015)

Je pourrais me laisser aller à un compte-rendu complet : évoquer chaque locomotive mise en valeur, la voiture de la Croix-Rouge ou celle du tri postal, le train royal? Mais il y a une app pour ça! Vous saurez tout tout tout sur Train World en téléchargeant l’app éponyme. Elle sera votre guide (gratuit) lors de la visite, mais également un pratique aide-mémoire en quittant le musée. Et ce ne sera sans doute pas la seule application que vous installerez sur votre smartphone ce jour-là. J’ai fini équipée d’un simulateur de train ! Il faut dire ? détail qui a son importance ? que le wifi est disponible dans l’ensemble du musée et que, pendant que mon fils et ses grands-parents faisaient la file pour essayer le vrai simulateur, j’apprenais les rudiments de la conduite sur mon smartphone : veiller à fermer les portes du convoi avant le départ, klaxonner avant d’entrer dans un tunnel? Mais, trêve de bavardage, si l’urbanisme vous parle un peu, je vous conseille de prendre le temps de la simulation dans le poste de conduite à Train World même. Vous y serez alors plongé dans une ambiance futuriste. On n’a pas fini de rêver, mais désormais ce ne sont plus les voitures que l’on imagine voler mais les trains !

Train World
Simulateur de train – crédit photo: @Exibit (Train World, octobre 2015)

Puisque j’en suis aux aspects pratiques, voici quelques recommandations en vrac en cette veille de vacances. Train World est le paradis des enfants (et de leurs grands-parents). Une locomotive leur est même réservée en fin de visite (je tiens le tuyau des petites mains derrière le compte twitter @TrainWorldFR – ils sont vraiment de bon conseil!). Un tarif famille (2 adultes et 4 enfants pour 25€) est d’ailleurs prévu, et les enfants en-dessous de 6 ans ne paient pas (l’entrée adulte est de 10€). Comme la visite dure au moins 1h30, les caisses et l’entrée du musée ferment à 15h30, mais je ne peux que trop vous inviter à profiter de la matinée pour limiter la file et la foule. Et si vous avez peur du noir, il vaut mieux passer votre tour. La scénographie repose sur l’obscurité, pour mieux faire ressortir les joyaux des collections réunies à Train World.

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Intérieur d’une voiture en bois – crédit photo: @Exibit (Train World, octobre 2015)

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