Désignation des bourgmestres et musculation électorale

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Quitte à taper pour enfoncer le clou, je me sens obligée de rédiger un complément au billet du 15 octobre 2012.

Un petit jeu de chaises musicales est annoncé à la ville de Bruxelles : Freddy Thielemans est en partance et il désigne son successeur en la personne d’Yvan Mayeur, pour le moment président du CPAS de la commune.

Crédit photo @rtbf
Crédit photo @rtbf

Évidemment, on pouvait s’y attendre, on crie au scandale, au déni de démocratie. Aujourd’hui la ministre de l’Intérieur déclare à la RTBF qu’Yvan Mayeur ne dispose pas de la légitimité pour exercer cette fonction. Elle lui reproche également de ne pas s’être présenté comme candidat bourgmestre et ne de pas disposer de la représentativité nécessaire pour être nommé à ce poste.

Je lui accorde que cette pratique est loin d’être idéale. On peut également pointer le manque de transparence, mais aussi déplorer ce changement à la tête de la capitale du pays un an après les élections. Cependant la légitimité sera accordée à Yvan Mayeur par le vote du conseil communal qui avalisera sa nomination, indépendamment du nombre de voix de préférence ou de sa place sur la liste électorale. En Région bruxelloise, il est même possible de nommer un bourgmestre qui n’a pas été candidat aux élections, comme c’est le cas pour les ministres.

Pour rappel, en Belgique (à part dans quelques communes qui jouissent d’un statut spécial/de facilités linguistiques – je résume, merci aux juristes de ne pas taper), les citoyens n’élisent jamais les membres de l’exécutif. La Wallonie, quant à elle, a prévu un système de désignation automatique (le candidat ayant obtenu le plus de voix de préférence sur la plus grande liste de la majorité), mais Bruxelles n’a pas fait ce choix. On a beaucoup parlé d’une éventuelle limitation de l’autonomie régionale, mais sur ce point le parlement bruxellois était libre d’adapter la législation, en suivant la réforme wallonne ou en choisissant une autre voie. Le parti de Joëlle Milquet y est dans la majorité depuis 2004.

Tant qu’à déconstruire les idées reçues, j’ajoute que désigner comme bourgmestre une personne s’étant déclarée candidate à la fonction est complètement opposé au système wallon qui ne retient que la personne la plus « populaire », indépendamment de ses intentions, de sa volonté ou du soutien de son parti, éléments pourtant nécessaires à un exercice serein de la fonction. Précisons aussi que la représentativité n’est pas l’apanage d’une personne, mais d’une assemblée, ici le conseil communal.

Sans faire de la politique, je soulignais d’entrée de jeu qu’Yvan Mayeur est actuellement président du CPAS de la ville de Bruxelles, ce qui est un gage d’expérience et de connaissance du terrain. Cela signifie surtout qu’il bénéficie déjà d’une légitimité certaine (et même de la représentativité tant demandée) puisque le conseil communal l’a élu à ce poste. On ne parachute donc pas ici un bleu.

On peut peut-être anticiper des déclarations de Joëlle Milquet une future position dans le programme électoral pour 2014, mais il faudra trancher. Qui sera désigné bourgmestre ? Le plus populaire ou celui qui s’est présenté candidat-bourgmestre ? Que faire en cas de démission du bourgmestre en place ? Jusqu’à présent le vote du conseil communal assure la légitimité du remplaçant. Choisir une autre personne (sur base de ses voix de préférence ou d’un ordre pré-établi en fonction d’une déclaration de candidature), c’est nier le pouvoir du conseil communal qui pourtant garantit la plus grande représentativité possible.

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Bruxelloise expatriée, râleuse à distance. Je n'aime pas la politique.

8 COMMENTS

  1. Dans tous les cas, les relents politiques qui courts en ce moment au dit de l’approche des lections 2014 nous promets quelques beaux articles sur la vie politique au sein de la Capitale.

    Bien entendu les grands classiques, et puis les petites pointes… Seront prsents, et que j’espre lire trs bientt.

    Vive les lections :) (rien que pour cela !)

  2. Sur ce sujet il a pas tord, on désigne pas comme ça un bourgmestre
    Et en plus, il a déstabilisé le centre ville
    Au minimum, demander l’avis des citoyens, c’est nous les premiers concernés par leur politique
    C’est l’argent publique qu’ils utilisent
    Ta d’autres choses plus prioritaires
    Voilà ça reste mon avis !

  3. c’est nier le pouvoir du conseil communal qui pourtant garantit la plus grande représentativité possible.

    Je suis écroulé de rire…. je me poserais la question.. qui décide des listes et des places en ordre utile ?

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