Souvenirs Agités d'une Belle Epoque de Nuits Ailleurs

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Cette semaine est un peu spéciale pour moi. Sache, en effet, qu'avant d'être l'oiseau de nuit que je suis aujourd'hui, je jouais surtout les filles de l'air : toujours entre deux avions, deux continents, deux voyages…

Je n'aimais pas tellement Bruxelles, et je profitais du moindre de mes week-ends pour aller voir la façon dont le monde s'amusait plus et mieux qu'ici. La chose était facile, vu que je travaillais pour une compagnie aérienne et que je bénéficiais de billets à prix ridiculement bas.

A défaut d'aimer Bruxelles, j'adorais l'aéroport : étrange lieu hors du temps et de l'espace où l'on croise, chaque jour, la destinée de milliers de personnes du monde entier… Dans ma besace, à la fin de chaque service, j'avais mon lot d'histoires drôles ou dramatiques à raconter à qui aurait voulu m'écouter.

Dix ans après la fin de cette aventure passionnante, force est de constater que jusqu'à présent, la Sabena est restée 'l'employeur de ma vieâ? : aucune autre société n'a réussi à me garder aussi longtemps qu'elle ni ne m'a procuré autant les papillons sur le chemin du travail….

Depuis, j'ai obtenu un diplôme universitaire, j'ai fait mille et un boulots très différents les uns des autres et fait d'autres voyages…

Le plus important est quand même la décision que j''avais prise, bien avant la faillite, de regarder Bruxelles dans les yeux et de l'aimer vraiment ou de la quitter pour toujours.

Alors, lecteur de mon coeur, j'espère que tu ne m'en voudras pas de t'embarquer vers le programme de cette semaine tout en voyageant dans mes souvenirs….

(Les souvenirs sont en italiques si tu veux zapper… )

Jeudi 3 novembre 2011 

Retour de Zanzibar

La première chose que l'on apprend quand on bosse pour une compagnie aérienne, c'est comment se démerder pour arriver à l'heure au boulot.

Tu es à des milliers de kilomètres et à peu près quatre avions bondés te séparent du début de ton service. T'as un billet gratuit, mais tu ne montes que s'il y a de la place dans l'avion..

Dans ces cas-là, ta mission  est de te rapprocher un maximum du lieu de destination.

C'est ainsi que, pour mon retour de Zanzibar, ne pouvant prendre de vol depuis l'île, j'ai pris un bateau vers 20 heures, pour une courte traversée, mais avec interdiction d'en sortir avant 6 heures du matin. Ce qui me laissait juste le temps de traverser Dar Es Salaam, et me retrouver sans encombre dans un avion vers Zurich.

Heureusement car la nuit dans le bateau m'avait fatiguée…

Arrivée à Zurich, le dernier vol direct vers Bruxelles est « overbook?. Il me faut donc courir jusqu'à l'avion pour Paris, monter dedans in extremis, traverser la ville, trouver un train de nuit puis courir jusqu'à mon domicile enfiler mon uniforme.

Pour finalement me retrouver bien à l'heure à mon service, souriante et détendue, comme si je n'avais jamais vu le documentaire sur les épices à Zanzibar et que je ne venais pas de passer une semaine à aller les goûter sur place….

C'est sûr que ce type d'impulsions me manque parfois…..  

En mal d'exotisme, je serais tentée de plonger dans les sonorités brésiliennes dans le cadre du Brasil.bar, un peu partout à Bruxelles jusqu'au 6 novembre. Le programme est alléchant !

Si c'est l'Afrique qui te tente,  il y a un concert d'un groupe éthiopien, Arat Kilo à l'Atelier 210, suivi de la soirée Afro Heat. Si mes épices t'ont mis l'eau à la bouche, tu pourrais dîner au Kokob, fameux restaurant éthiopien au centre de Bruxelles, qui accueille ce soir Daniel Joesen en concert.

C'est vrai, cela paraît moins aventureux que mon retour de Zanzibar, mais tu auras le confort de rentrer chez toi passer une bonne nuit !

Vendredi 4 novembre 2011

S'endormir sur le Tarmac

Alors bien entendu, toutes ces sorties à travers le monde, ça fatigue ! Heureusement j'avais parfois des moments pour me reposer. Mon premier job à la Sabena était d'accueillir à la sortie de l'avion toute personne ayant besoin d'aide (un enfant seul ou un adulte ayant un problème de langue ou de mobilité, â?¦). Dans certains cas, je devais prendre une voiture, traverser le tarmac et attendre l'arrivée de l'avion. Sur mon telex, j'avais toutes les informations utiles : heure d'arrivée, emplacement sur le tarmac, modèle de l'avion.

C'est l'hiver, il fait froid et j'ai dix minutes devant moi,  je me gare afin d'être 'nez à nezâ? avec l'appareil quand il arrivera, tout en laissant la place. Je mets le chauffage et la radio au maximum, je regarde le va et vient des centaines de personnes qui s'affairent autour des avions déjà arrivés et tout doucement, ce spectacle apaisant m'endort….

Pour me réveiller en sursaut à cause du bruit infernal de réacteurs… Devant moi un mastodonte loin du petit modèle que m'avait signalé le telex….  

Heureusement, ma sieste a été réparatrice, puisque j'ai pu procéder à la marche arrière rapide sans casse afin de laisser place à l'appareil…  (et je passe sur l'engueulade en bonne et due forme par le contrôleur….)

Ce n'est pourtant pas pour dormir que je t'invite ce soir à te joindre à moi au White Hotel.

C'est enfin la fameuse soirée Plastic 'Art more noiseâ? : 10 étages de performances, d'expositions et de musique !

C'est un tout gros et tout bon programme qui nous attend !

Ailleurs dans la ville, il y a deux autres soirées qui ont le gros avantage de se dérouler toutes les deux au Blaes 208 : la Regulate et, dans un genre plus électro DJ sets de Missil et Aquasky.

Parler de ma sieste t'a donné envie de calme ? L'envie de rester dans ton living, mais de sortir quand même parce que c'est vendredi ? Alors le Living room concert par La Madame avec le Chien est fait pour toi !

Et si tu te fous de ma gueule avec mes souvenirs, tu as le droit de m'inviter à aller voir si je ne les trouverais pas au Festival International du film archéologique !

Samedi 5 novembre 2011

Le gentleman cambrioleur

Quand j'ai commencé à bosser à l'aéroport, une question, une tentative de percer un mystère, revenait tout le temps dans les discussions entre collègues. Il faut bien se dire, que la Sabena c'était des milliers de personnes de tous âges, langues et horizons différents…. alors trouver un sujet de conversation qui convienne alors que tu n'avais jamais rencontré le collègue avec qui tu partageais le service pendant quelques heures, ce n'était pas toujours évident.

Le grand mystère était le suivant : quelques années auparavant, un avion de le Swissair avait été cambriolé. Les questions fusaient car, ceux qui avaient fait le coup étaient assurément des collègues : il fallait être au courant que c'est dans cet avion précisément que des valeurs se trouvaient, il fallait avoir accès au tarmac, savoir comment ouvrir la soute et surtout le plus fascinant était la méthodologie : les voleurs avaient attendu que l'avion soit en bout de piste (donc très loin des bâtiments de l'aéroport) pour agir, ils avaient fait le coup juste avant que l'avion ne commence sa course folle à travers la piste et qu'il ne décolle. Résultat : aucun témoin de la scène, et donc surtout aucune victime !

Il faut bien l'avouer : tout le monde était admiratif….

Quelques années plus tard, c'est un avion de la Virgin qui a subi un sort similaire, bien que la méthode était moins propre : les cambrioleurs étaient armés et n'ont pas hésité à menacer des personnes se trouvant à proximité. C'est néanmoins à la 'faveurâ? de ce casse que nous avons appris avec une plus ou moins grande stupéfaction l'identité de l'auteur du premier casse… Un collègue bien sympathique avec qui je m'entendais super bien !

Pour me faire oublier que je ne suis pas riche, mais me souvenir que je suis honnête, j'irai écouter Maxime Blesin Sextet au Music Village (un peu cher : 20€, mais je sais que c'est vraiment bien).

Si mon article te donne le goût du voyage, tu commenceras peut-être par te rendre à Jette ? Il y a la Jam in Jette Indoor (6€).

Et pour ceux qui veulent oublier leur nom, leur solitude et l'état de leur finance, rien de tel qu'une danse ou plusieurs. La soirée Antitapas est de retour aux Caves de Cureghem, il y a également la Los Ninos Party aux  Brasseries Belle-Vue et la Let's Dance Saturday Edition
chez Mr Wong, qui devient un lieu incontournable des soirées bruxelloises  !

Dimanche 6 novembre 2011

Le couloir de la paix ?

Je l'ai dit, un aéroport est un lieu un peu hors du temps et de l'espace. Probablement aussi hors de tout conflit. Une sorte de zone neutre où l'on transit avant de vaquer à sa vraie vie….

Je me suis quand même toujours demandé qui était le gros farceur qui avait programmé le vol Beirut à peu près en même temps que le vol vers Tel Aviv plusieurs soirs par semaine, à une heure où il n'y avait pas beaucoup d'autres départs….

Encore plus surprenant : ces deux vols partaient quasi systématiquement de deux portes d'embarquement assez proche l'une de l'autre. Tu avais alors devant toi, un long Terminal B quasi vide et peuplé à un seul endroit par les voyageurs de ces deux destinations.

Je ne sais pas si c'est une surprise, mais malgré les physiques relativement similaires des passagers de l'un ou l'autre vol, on ne les confondait pas. A les voir de loin, on savait exactement lequel des ces hommes d'affaires allaient en Israël et lequel allait au Liban.

Ces deux vols, je te l'avoue, me fascinaient : je ne cessais de traverser le couloir et d'observer, de part et d'autre, les Arabes à gauche, les Juifs à droite (ou le contraire).

Entre les deux, les agents de sécurité israéliens qui tentaient de passer incognito et que tout agent devait faire semblant de ne pas reconnaître et aussi, souvent des propos racistes… pas de la part des passagers, mais beaucoup de la part de certains collègues dont je n'ai jamais bien compris pourquoi ils avaient pris la décision de travailler dans un aéroport au lieu de rester dans leur campagne flamande ou leur prés wallons…

J'avais beau me sentir hors du temps et de l'espace, je n'oubliais pas que cela ne voulait pas dire forcément 'hors de la connerieâ?…

Mais bon, ces belles pensées ne font pas forcément de moi une sainte ! D'ailleurs à part La Sainte Praline, chez Madame Moustache (5€), je n'en connais pas d'autres ! C'est la première édition de soirées un peu farfelues, avec un esprit bon enfant. Si ça marche, il est possible que le rendez-vous devienne plus régulier !

Et si mes histoires d'avion te donnent des ailes et des envies de voyager, toi aussi viens revendiquer le 'Droit à la mobilité, je veux bouger sans me ruinerâ? des ateliers, projections et une jam !

Lundi 7 novembre 2011

Les anges d'Oman avant la Chute

T'es bien installé ? Je vais te raconter le plus beau souvenir de ma vie.

Septembre 2001. Réunions et voyage d'équipe à Oman. A ce moment-là, je suis l'assistante du VP pour l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et le Sous continent Indien. Rien que ça. Autant te dire, la plus belle carte de visite que j'ai eue !

Sauf que ce mois de septembre 2001, verra  mon boss s'envoler pour New-York et de nouvelles fonctions au sein de la Compagnie… Alors durant cette réunion à Oman, toute l'équipe est un peu nostalgique : nous savons que c'est la fin d'une époque (à quel point, on ne l'avait évidemment pas imaginé)…

Nous bouclons les réunions à la vitesse V' et nous embarquons vers le désert d'Oman pour une visite de quelques jours. Au programme : balades dans les dunes,  nuits à la belle étoile, discussions, jeux.

Je m'amuse beaucoup avec cette 'bandeâ? de messieurs Suisses-Allemands, pour la plupart, dont la majorité a l'âge d'être mon père. Ils sont aux petits soins pour moi et la seule autre représentante du sexe 'faibleâ?â?…

Nous nous arrêtons pour nous baigner au bord d'un lac. Par pudeur (enfin la pudeur de ma collègue, qui finalement n'osera pas se mettre en bikini et me laissera nager seule), je laisse tous mes collègues masculins partir avant moi. Ils passent entre deux falaises d'où sautent allègrement des jeunes garçons âgés d'une petite dizaine d'années : on les entend rire, crier de peur, de joie, d'encouragement…..

Je commence à nager à la suite du groupe. Me voilà seule au niveau des falaises, mais un silence m'entoure…. Je cherche des yeux où sont les enfants… aucun ne se trouve dans l'eau….

Et puis tout à coup, des voix cristallines s'élèvent, des anges certainement : tous les garçons sont installés sur le haut des deux falaises et me regardent en chantant en choeur un morceau en arabe…. Je ne comprends pas bien les paroles, ça parle d'amour pour une belle femme….

Ce moment, c'est mon Hall of Fame personnel. Gravé dans mon coeur et dans ma tête pour toujours.

Quelques jours plus tard, chacun des membres de l'équipe a repris son avion vers son bureau à travers le Moyen-Orient. Puis, quelque part à New-York deux tours se sont effondrées

Ensuite, en Europe deux compagnies se sont retrouvées au sol pour toujours : Swissair, puis la Sabena, le 7 novembre 2001.

Ces quelques lignes résument ce qui a été la fin de la vie de plusieurs personnes, dans les tours à NY, dans les avions et aussi quelques suicides qui ont suivi les faillites.

Pour ma part, ce n'est qu'un chapitre qui s'est clos, un chapitre coloré et aventureux, certes,  mais pas plus surprenant ou plus génial que tous les autres…

Exposition ‘Le progrès venait du ciel », Histoire de la Sabena au Musée du Cinquantenaire

Et si, comme moi, tu n'es pas loin de penser que la vie est un drôle de jeu, tu iras tester ta théorie à la Soirée Jeux au Marseillais dans les Marolles !

Mardi 8 novembre 2011

Mardi je me laisse tranquille, et du coup tu profites d'une accalmie dans mon récit.

J'ai presque rien proposé pour les enfants dans ce programme : afin de corriger le tir, je te parle du spectacle de Guignol par Le Petit théâtre d'Aquitaine au Cinquantenaire (6€).

Mercredi 9 novembre 2011

Où est ma femme ?

Je t'ai parlé de ma première fonction à la Sabena, que j'adorais, car elle était assez vague (dans mon esprit en tout cas) pour me permettre d'avoir quartier libre dans l'aéroport, de papoter avec tout le monde, de rendre des tas de services, même si c'était un peu en-dehors de mes attributions.

Peu après, j'ai fait un petit tour par le Call Center.  Mon job consitait à répondre au téléphone et à informer et surtout vendre des billets d'avion. Cela semble assez basique et bien limité au niveau des responsabilités. Ma hiérarchie a du se dire que pour une fois, on m'aurait sous les yeux et qu'il me serait impossible d'en faire plus que ce qu'il m'était demandé…

Mouais. C'était sans compter sur ma propension à me ramasser les histoires les plus farfelues, les questions les plus folles… auxquelles je me voyais dans l'obligation de répondre, bien sûr !

Ainsi, en ce mois d'avril, il y a ce monsieur qui m'appelle de je ne sais plus où et qui m'informe que sa femme et son fils ont pris l'avion vers Bruxelles, où ils devaient prendre une connexion vers Ouagadougou. Mais à Ouaga, personne.

C'est une question assez banale qui m'était posée : il suffit en effet que le premier vol ait eu du retard, pour que les passagers ratent leur second vol, se voyant obligés d'attendre le lendemain ou être dirigés vers un autre aéroport. Afin de déterminer ce qu'il s'était passé je lui demande la date du départ. Et là, il me dit '24 janvierâ?.

Là pour le coup, ce n'est plus du tout banal… Elle peut potentiellement être n'importe où dans le monde, sa femme ! D'ailleurs cela fait trois mois qu'il la cherche !

J'ai mis environ dix minutes à retrouver la trace de sa douce qui s'était fait la belle. Une recherhce dans les archives des vols (qui m'a pris le plus de temps). Pour y constater qu'elle était arrivée à Bruxelles et jamais repartie. Le coup de fil aux gendarmes m'a confirmé ce que je soupçonnais : une demande d'asile en bonne et due forme avait été faite, la dame se trouvant depuis dans un centre de réfugiés…

Evidemment, avec l'avènement de Facebook, ce genre d'exploits ne t'impressionne pas, je m'en doute…..

Et Puisqu'on parle de ce réseau social, aujourd'hui, il y a Facelive à la place Flagey. Oui, Facebook en live…

Ce qui m'amène à la fin de mon récit et du programme de la semaine….

J'espère que ce long voyage t'a plu, de mon côté, ça m'a fait plaisir de plonger dans mes souvenirs. Je te laisse, j'ai des trams à prendre pour aller visiter les coins les plus bucoliques de notre cité. Ayant vu le monde, j'ai retenu que le décor n'avait finalement pas d'importance et que c'est le regard que l'on y porte qui fait toute la différence…

Et puis surtout, aujourd'hui, j'ai peur de l'avion…. !

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