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Le feuilleton de l’été 5 : la minute gladiateur10.07.12

Gars qui lit un feuilleton dans le journal

 

J’étais trempée. Au bout de deux minutes de vélo, je dégoulinais comme une gouttière à la saison des pluies. Je pédalais néanmoins avec la vigueur de celle qui sait qu’elle va dans la bonne direction.

 

Ceux qui pensent qu’une telle mission était trop triviale, pas forcément à la hauteur de leurs attentes feuilletonesques, oublient que la propolis est un produit quasi magique, qui guérit aussi bien les gorges, que les mycoses, et même, (je l’ai lu sur Wikipédia), ralentit la prolifération de certaines cellules du cancer !

 

Mais la propolis, cela se mérite. Dans le premier magasin, rue du Fort, ils étaient en rupture de stock. Direction, un deuxième, sur la Chaussée de Charleroi, par la rue de la Victoire, en danseuse, en congés annuels. (Le magasin d’huiles essentielles, pas la rue de la Victoire.) Dans le troisième, Chaussée de Vleurgat, c’était l’heure de l’inventaire.

 

Je repartais vers un quatrième. Toujours sur la Chaussée de Vleurgat. Le magasain. Un nom évocateur. A une époque, j’étais une cliente occasionnelle. Le genre qui regarde tous les prix, et toutes les étiquettes, effarée par les algues de toutes sortes, les viandes végétales, les céréales, ayant peur de  germer sur place. Je n’avais jamais pu me résoudre à prendre la carte de fidélité. Mais je savais qu’il y avait de la propolis, là. Si tout se passait bien, je pourrais soigner ma gorge. Et tout se passa bien.

En deux minutes, c’était fait.

Propolis en poche.

(Feuilleton en poche)

 

Mais, sitôt que j’étais sortie du magasain, il s’était remis à pleuvoir et j’avais déraillé, quelle idée d’être devenue une inconditionnelle du vélo. Sur la Chaussée de Vleurgat, une automobiliste un peu énervée m’avait même fait tomber en me coupant la route.

 

Lecteur, Griz gît sur la chaussée, comme un gladiateur dans l’arène. C’est à toi de jouer. Ton pouce, tu le lèves, ou tu le gardes baissé ?

 

À suivre

Aliette Griz

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4

3

2

 

 

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Le feuilleton de l’été 2 : sarcasme et canicule04.07.12

Gars qui lit un feuilleton dans le journal

 

Le public veut du respect et pas trop de sarcasme. Je l’entends. Pour ma part, je me serais contentée d’un peu de chaleur. Pour le moment, je grelottais.

 

Alors, chaque matin, j’observais par la fenêtre : il suffisait qu’il s’arrête de pleuvoir, pour que je parte à la recherche de mes personnages disparus. Froid, tiède, chaud, bouillant. Mais, chaque matin, froid. Pendant des semaines, ce n’était pas un temps de saison et il n’était pas question ni possible de commencer le feuilleton de l’été.

 

Ça ne venait pas. Je ne les retrouverais jamais. Et pourtant, on en avait déjà connu des jours tellement chauds que la sueur des Bruxellois gouttait sur les pavés, que les effluves de gaz d’échappements culminaient en pics de pollution formidables, que tout le monde n’avait que ce mot à la bouche : canicule. Que les filles très belles faisaient rêver n’importe quel jeune homme, fusse-t-il flamand ou pas. Que les détecteurs d’incendie se déclenchaient d’eux-mêmes, excités par les températures infinies.

 

Oui, l’été tardait, sans doute à cause du réchauffement climatique, qui refroidissait tout (la logique du monde me fascine). En Belgique, en juin, on ne pouvait pas mettre le pied dehors sans recevoir des seaux sur la tête, nul doute qu’on ne manquait pas (encore) d’eau, mais cela avait détracté la machine à rêve : les Belges avaient même perdu le moral. Moi aussi, je doutais.

 

Que Faire ? Les occasions de s’amuser ne manquaient pourtant pas. Quoiqu’il arrive, je voulais raconter une histoire qui ferait plaisir. Parce que la réalité n’est pas toujours à la hauteur. Laisser les visions s’organiser en étoiles, lâcher les phéromones, et concentrer les atomes. En attendant, mes vitres devenaient chaque jour un peu plus opaques.

 

La pluie était un frein, mais elle me laissait le temps de réfléchir à comment retrouver des personnages sans identité. Est-ce que l’impro avait sa place : est-ce qu’il fallait tout simplement écrire chaque jour et publier, chronologiquement, au fur et à mesure que l’été s’avancerait, impression de réalité garantie. (sans sous-estimer les possibles incohérences du plan qui se déroule avec accroc.)

 

Ou alors, chercher des alibis, la ville fourmillait forcément de tous les alibis nécessaires. La ville devait être la belle de l’été, mouillée, chauffée ou transie, la belle c’était Bruxelles.

 

Et toi, lecteur fantôme, touriste perdu, amoureux des bancs publics ou autochtone amusé, comment tu la rêves ta ville, l’été ?

 

À suivre

Aliette Griz

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