les boules, la moule et les frites

Pourquoi le logement social n’est pas une solution18.06.12

La difficulté de se loger à Bruxelles est reconnue par une grande majorité de ses habitants. Les logements sont rares et de moins en moins accessibles. Normal, non seulement la population augmente mais le nombre de familles éclatées grandit. Cette double tendance pousse la demande à la hausse alors que l’offre ne suit manifestement pas. Christos Doulkeridis reconnait sur le site d’Ecolo que 50.000 ménages sont en attente d’exercer leur droit au logement.

La logique économique veut que si l’offre ne suit pas la demande, les prix montent. C’est ce qui arrive depuis des années à Bruxelles. Les habitants aux revenus les plus faibles ont donc de plus en plus de mal à se loger. Face à cette montée des prix, chacun y va de sa solution : déménagement en dehors de Bruxelles, sacrifice économique, colocation…

Nos hommes politiques qui ont toujours à cœur l’intérêt de la population, voire pour certains, l’intérêt de leurs électeurs, se sont dit qu’ils pourraient apporter leur solution : le logement social.  Le logement social est un logement appartenant, directement ou indirectement, à la collectivité.  Ces habitations sont mises à disposition de la population selon certains critères dont le plus important est le niveau de revenu.

Malheureusement, le logement social ne résout pas le problème inhérent du marché : le manque d’offre.  Il ne fait que rationner le logement. Ceux qui sont assez riches pour acheter/louer sur le marché ne sont pas concernés.  La demande de logement des plus pauvres n’est dès lors pas satisfaisable par l’offre existante.  Le logement social ne fait qu’attribuer une partie des logements disponibles à certains ‘économiquement faibles’. Cela s’appelle du rationnement puisque toute la demande n’est pas satisfaite. A cela il faut rajouter que les classes moyennes se trouvent coincées entre les plus riches qui ont accès au marché et les plus pauvres qui reçoivent un logement à des conditions avantageuses. Tous les citoyens entre ces deux catégories se trouvent exclus. Ils sont alors obligés d’émigrer en dehors de notre région !

Comme pour tout rationnement, c’est une autorité supérieure qui décide des critères d’octroi des logements sociaux. Si les critères se veulent objectifs, ils ne le sont en réalité pas.  Ceux qui obtiennent un logement social sont ceux qui auront le mieux réussi leur lobby personnel : trouver le bon interlocuteur, tout faire pour satisfaire les critères requis, ne jamais lâcher prise, etc. Il y a donc iniquité alors que l’objectif premier du logement social est justement l’égalité. Comme quoi, l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions…  En effet, qui ne connait pas une famille ayant certainement droit à un logement social mais n’en disposant pas ?

Et pourtant, il existe des solutions plus simples et plus efficaces que le logement social. La solution la plus simple et la moins couteuse est de favoriser l’augmentation de la demande. En bref, tout faire pour qu’il y ait plus de constructions. Pourquoi d’ailleurs, dans une société prétendument capitaliste, une demande existante n’est-elle pas satisfaite ?  Parce que la demande n’est pas rentable. Le foncier (les terrains) à Bruxelles est rare, donc cher. Lors d’une construction, le prix du terrain est réparti sur les différentes habitations qui y sont établies. Plus on monte d’étages, plus le prix du terrain est réparti et donc plus les prix baissent.  Malheureusement, les communes et la région limitent fortement la hauteur des immeubles. A cela, il faut rajouter un coût de la construction sans cesse en croissance. La multiplication des contraintes (réglementations, normes, etc.) y est pour beaucoup. Le délai des obtentions de permis également (9 à 12 mois pour un permis d’urbanisme sur 1000 Bruxelles). Rajoutons une taxation élevée (précompte immobilier plus élevé que dans les régions voisines). Tous les ingrédients sont donc bien présents pour faire monter le prix de la construction à des montants qui ne permettent pas à des loyers bas d’apparaitre spontanément sur le marché.

Cerise sur le gâteau, les lois censées protéger les locataires font tellement peur aux propriétaires que ceux-ci se protègent en ‘filtrant’ les candidats locataires et/ou en augmentant les prix/conditions d’accès.

En enlevant les carcans autour du marché, les politiques relanceraient sans frais un marché existant et permettrait à beaucoup plus de gens d’habiter à Bruxelles.

Si, malgré cette suggestion de libéralisation, les politiques veulent continuer à aider les citoyens en difficulté, il existe une autre solution très facile à gérer et extrêmement facile à mettre en place : le chèque logement. Tout citoyen ou toute famille désirant habiter à Bruxelles mais ayant de faibles moyens recevrait un chèque mensuel destiné à l’aider à payer son loyer. L’habitant resterait libre de choisir son habitation sur le marché privé selon ses propres critères. Cette solution a déjà fait ses preuves dans beaucoup d’endroits dans le monde et a même été lancé en Wallonie.

Il s’agit en fait d’une forme d’impôt négatif. En poussant la logique un peu plus loin, il suffirait d’alléger les taux d’imposition (le précompte professionnel que nous payons tous) sur les revenus les plus faibles et nous aurions le même résultat.  L’autre avantage de diminuer les impôts sur les revenus faibles, c’est de ne pas donner l’impression au citoyen d’être assisté. Chaque habitant de notre région payerait alors son habitation avec ses propres revenus sans rien ne demander à personne.

Les deux solutions préconisées ont également le grand intérêt de favoriser la mixité sociale et d’éviter le phénomène de ghetto des grandes constructions de logements sociaux.

Francisco d’Anconia

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