Il s’est passé un truc inimaginable, à Bruxelles, durant la nuit du 12 au 13 novembre 2011. Un truc que je n’aurais jamais cru possible. Un truc que je n’avais pas osé rêver.
Certains d’ailleurs, n’hésitent pas à décrire ce qui nous est arrivé comme étant un “voyage stratosphérique”….
Je parle de quoi ? Plus de mille personnes savent très bien de quoi je parle. Elles étaient là.
Pour les autres, je m’empresse de préciser : la soirée de l’année.
Et en fait, non. Je mens, je sous-estime, je me débine. En réalité, c’était la soirée de ma vie. Et pas que la mienne d’ailleurs, au vu des sourires et des différentes discussions avec quelques personnes…
Oui, t’as bien lu, plus de mille personnes. Hier soir, la Strictly a battu tous les records de fréquentation. Plein de vrais fans de bonne musique et de bonnes vibrations ont eu l’excellente idée de venir écouter le set de Gilles Peterson. Il est un des grands DJ’s que compte la planète, pour ceux qui ont des goûts musicaux pointus (oui, lecteur, sur ce point, bxlblog ose avoir un autre classement que celui de DJ Mag. Je te laisse juge de qui tu prendras le plus au sérieux…).
Dès avant vingt-trois heures, “The Attic”, la salle du 3ème étage, était bien remplie par ceux pressés d’être là (et de garder leurs sous pour les boissons plutôt que pour l’entrée). Dans la demi-heure qui a suivi, une file s’étirait non seulement dans le hall de la Bodega, mais également dans la rue….
Vers une heure du matin, l’entrée ne se faisait plus qu’au compte goutte, il fallait attendre que certains se décident à quitter les lieux pour prendre leur place à l’intérieur… J’ai eu peur un instant, me souvenant d’une autre très fameuse soirée, pas plus tard que la semaine dernière… C’est oublier un peu vite que c’est une soirée Strictly et surtout Niceness !
Après deux heures du matin, tel un avion devant prendre son envol, les portes se sont fermées. Tant pis pour les retardataires. A l’intérieur, nous étions déjà sur une autre planète.
Les Strictly, cela fait dix ans qu’elles existent. Dix ans que Kwak et son équipe (dont je fais, cette année, un peu partie) croient qu’il est possible d’offrir à la fois du son de qualité mais également une ambiance et un cadre accueillant où les gens viendraient pour danser, s’amuser, se faire des amis, et parfois quelques affinités de plus, sans lourdeur.
Il faut le dire, je fais partie de ces nombreuses filles qui ont la bougeotte. La vraie. Celle qui te fait remuer la tête, le cul, les seins au rythme de la musique, celle qui te met en sueur après deux morceaux, qui te fait te retrouver éventuellement à danser collé-serré avec un beau spécimen masculin.
Une certaine bougeotte qui fait que dans certains endroits, tu t’interdis de danser pour pas te faire emmerder. La fameuse bougeotte qui t’a fait rêver de pouvoir aller dans un endroit où le DJ n’arrêterait pas une minute de te chatouiller les oreilles avec des rythmes chauds et sensuels, et où les garçons te diraient, avec leurs yeux, que t’es jolie (et plus encore) mais seraient tellement respecteux et heureux du spectacle qu’ils ne t’emmerderaient pas.
Je l’ai rêvé, mes copines l’ont rêvé, toutes les filles qui se trémoussent à la Strictly l’ont rêvé avant de s’y rendre la première fois et de découvrir cet endroit hors du temps et du glauque où nous avons toutes le droit d’être libres de nous exprimer avec notre corps.
Alors vaille que vaille, depuis dix ans, la salle se remplit d’habitués de la première heure qui ont tous contribué à faire “l’esprit Strictly” et de nouveaux qui chaque mois découvrent ce lieu magique, pour la première fois.
Et le plus beau c’est qu’il n’y a pas “un” public Strictly. La Strictly ça peut être n’importe qui. Quelle que soit ta tribu de la nuit, ta couleur de peau, l’étendue de tes finances, ton look, ton orientation sexuelle. Le seul dénominateur commun : vouloir s’amuser avec le sourire.
Hier soir, était une soirée exceptionnelle à de nombreux points de vue. D’abord le set de Gilles Peterson était tout simplement époustouflant. Il a fait flamber le Loft (la salle principale), nous a énivré de sons de tous bords. Quant à Bernard Dobbeleer, DJ résident, il a une fois de plus prouvé sa grande capacité à se couler dans le groove particulier à chaque soirée…
Moments indescriptibles. Plaisir sans limite. Bonheur intense. Voyage à travers les musiques : jazz ou soul, house ou latino… J’en ai la chair de poule pendant que je t’écris ces mots, j’arrête d’essayer de t’expliquer, je n’y arriverai pas…
La soirée était exceptionnelle également par la grande foule qui s’est déplacée. Beaucoup ont découvert ce week-end l’esprit Strictly.
Et enfin, ce qui m’a presque semblé le plus exceptionnel, c’est le fait que tous les habitués des Strictly ne se sont pas retrouvés largués.
Tu vois ce sentiment de “c’était mieux avant”, quand un truc que tu aimes commence à avoir du succès ? Ben non, ici, c’est plutôt “je te l’avais dit, hein?” à l’ami qu’on a enfin réussi à ramener.
La Strictly, c’était pas mieux avant. La Strictly c’est un état d’esprit continuel qui habite tous ceux qui la connaissent et qui les transporte tout au long du mois, dans l’attente fébrile de la prochaine édition.
La Strictly, tu n’as peut-être même pas osé la rêver…. pourtant, en plein dans ce Molenbeek si décrié, certains ont osé la faire. Respect.
Yelyam