le métroblog bruxellois

L’été : saison des fermetures mythiques et des pétitions bidons…11.07.12

Je suis très énervée. C’est rare, je sais. 

Mais quand je vois toutes ces personnes de bonne volonté qui transmettent un peu trop vite une pétition à signer, que je lis le texte de la pétition ou que je me renseigne en laissant mes oreilles ou mon regard traîner à gauche et à droite, je me dis “Faut que mes potes arrêtent”.

Et puis surtout, si je m’énerve ainsi, c’est que c’est un phénomène récurrent….

Eté 2011 : La fin annoncée de l’Arenberg et ses loyers impayés

L’an dernier déjà, de nombreux Bruxellois s’étaient émus de la fermeture annoncée du cinéma Arenberg.

Au gentil locataire ayant à coeur la culture de qualité, les messages avaient opposés un méchant propriétaire avide d’argent et prêt à écraser sous son talon un certain cinéma indépendant.

Surfant sur cette vision manichéenne du monde qui laisse entendre que quand on est pauvre on est forcément bon, pro-culture et pétris de bonnes intentions et que lorsque l’on est riche, on cherche évidemment à s’enrichir encore plus au détriment d’une certaine qualité, beaucoup ont donc signé une pétition pour “Sauver l’Arenberg”. 

Celle-ci aurait récolté plus de trente mille signatures

L’objectif de la pétition était triple. Il s’agissait pour l’Arenberg et les signataires de : 

- Pérenniser ses activités et sa programmation art et essai.

- Maintenir un projet culturel de qualité unique à Bruxelles.

- Faire pression sur le propriétaire des lieux avec l’aide des pouvoirs publics.

Pour ma part, je n’adhère pas au troisième point et n’ai pas désiré faire pression sur une personne (ou un groupe de personnes) qui devrait accepter sous la vindicte populaire de ne pas être payé un élément aussi basique que le loyer mensuel…  

Ceci étant dit, les nombreuses personnes qui ont signé la pétition ont transmis un message : la volonté de conserver un cinéma de qualité dans les Galeries royales.

Le Cinéma des Galeries a ouvert ses portes début 2012 et jusqu’à présent, mis à part le non renouvellement sous quelque forme que ce soit du très bon festival Ecran total, il semblerait que le public ne soit pas lésé par la programmation de la nouvelle équipe.

Eté 2012 : Fermeture du DNA dans un panier de linge sale

Cet été, c’est une nouvelle pétition qui circule à travers la toile… celle visant à sauver le café DNA qui a fermé ses portes le lundi 9 juillet 2012.

Une fois de plus, surfant sur l’émotion que suscite ce type de nouvelles, une pétition circule largement. 

Pourtant à lire le texte, je m’interroge sur le fait que cela soit une bonne idée de s’associer à cette histoire.

En voici un extrait : 

La propriétaire des murs (qui n’a rien à voir avec la gérance du bar) refuse de renouveler le bail de l’établissement, sous des prétextes fallacieux et mensongers, qui sont à mille lieues de refléter la situation réelle à laquelle sont confrontés les gérants du bar, Julie et Thibaud.

Vol de leur courrier, harcèlement de la part de la Police, commérages en tous genres dans le voisinage, tout est bon pour mettre la pression sur les patrons et leur faire mettre la clé sous la porte. Leur bar serait géré n’importe comment, alors que c’est bien Julie qui a remis le DNA sur pied après des années de débâcle (la comptabilité peut en attester), et la clientèle serait devenue infréquentable voire dangereuse… ou peut-être est-elle simplement devenue trop cosmopolite pour certains anciens habitués au crâne rasé. Toujours est-il que pas la moindre plainte pour une bagarre au DNA n’a été déposée durant les 2 années de la nouvelle gestion.”

Je n’ai aucune preuve de ce qui est avancé par les rédacteurs de la pétition et les accusations portées à la partie adverse, …

Quant à l’objectif de la pétition, il est clair, à la fin du texte : 

Par la présente, nous désirons donc couper court aux ragots et aux rumeurs, et marquer notre appui inconditionnel aux responsables du DNA.”

Il ne s’agit donc pas de sauver le DNA ! Il est demandé d’apporter son soutien à une partie dans une bataille judiciaire et d’estimer, sans connaître la version de la partie adverse, que les gérants du DNA sont dans leur bon droit !

Alors, curieuse, j’avais envie d’en savoir plus sur cette histoire et j’ai donc lu, avec la plus grande attention, un autre son de cloche, qui nous est donné par Jérôme Delvaux dans son article.

 Il y donne son avis personnel et le lecteur est libre de le suivre dans ses idées ou pas (pour ma part, je “tique” sur certaines remarques que je n’approuve pas du tout).  Mais, et c’est ce qui m’intéresse plutôt dans son papier c’est qu’il y reprend un peu d’historique et nous donne une version différente. 

On y apprend que, là aussi, des loyers semblent impayés et surtout que les propriétaires des lieux sont … la même famille qui a créé, ouvert et développé le DNA ! 

De plus, loin de refuser de prolonger le bail, une interview de l’avocat du propriétaire nous apprend que le contrat a été résolu par voie judiciaire en juin 2012 ! 

Qui croire dans cette histoire au milieu de ce fatras d’informations ? Surtout quand nous n’avons pas toutes les données entre nos mains…. Usons donc d’un minimum de réflexion et de bon sens. 

 C’est ainsi que j’analyserai une seule donnée : le conflit autour du bail.

- Les gérants, qui occupent les lieux depuis deux ans nous informent que la propriétaire refuse de renouveler le bail

- L’avocat de la propriétaire nous dit que ce bail a été résolu par voie judiciaire.

Quand je me penche sur le Code civil belge et en particulier le Livre III, Titre VIII, Chapitre II, Section 2bis: Des règles particulières aux baux commerciaux, j’y apprend en son article 3 que “La durée du bail ne peut être inférieure à neuf années.”

Il semblerait donc logique que le bail, certainement en cours depuis 2010, soit valable jusqu’en 2019 et que nous sommes donc très loin d’une discussion autour d’un prolongement de celui-ci… Tout porte à croire la version du propriétaire pour ce point précis. [Mise à jour : j'ai reçu et publié un droit de réponse de la part de l'avocat du propriétaire]

A noter que sur son compte Facebook, le DNA, loin de répondre aux arguments de l’auteur de l’article, se contente de relayer un vieil article de 2005 de Serge Coosemans où ce dernier “descend” Jérôme pour des raisons qui me sont fort obscures et qui n’ont absolument rien à voir avec cette affaire.

 

 Au final, je remarque que, sans le vouloir, nombreux sont ceux qui parviennent à vouer aux gémonies ceux qui osent s’opposer aux gérants actuels et dans le même temps encensent ces propriétaires (sans deviner qu’il s’agit des mêmes) pour la création de leur bar…

 Et si on créait une pétition qui indiquerait simplement que le public bruxellois désire conserver une adresse alternative, comme le DNA, sans entrer dans les détails des histoires entre parties privées ?

 Et surtout, si nous arrêtions de faire les moutons et de signer la première pétition venue uniquement sur base de nos émotions ?

Parce que, comme je le dis bien souvent, la vérité n’est pas ailleurs : elle est partout. Mais par petits bouts ! 

Yelyam (à ne pas croire sur parole !)

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