J’ai testé la zone 30 • 19.09.10
Je suis un piéton, un cycliste et aussi un conducteur courtois.
J’aime à laisser passer le piéton et le voir déambuler qui, pressant le pas pour me rendre la courtoisie, donne à voir un dandinement amusant, qui, le menton hautain feignant le dédain sûr de sa préséance, ne daigne pas croiser mon regard, qui, simplement à son affaire et conscient comme moi qu’un individu l’a pris en considération, me décoche un sourire, un geste de la main, un témoignage.
Je n’empiète pas sur les zones cyclables. Je me rabats pour laisser venir le cycliste qui roule à contre-sens dans les sens uniques, je vérifie dans mon rétro quand je tourne à droite que je ne vais pas estropier un être vêtu de jaune.
Je respecte les règles, je les aime elles m’assurent une certaine tranquillité d’esprit, elles évitent la loi du plus gros, du plus véloce, du plus intrépide, du plus con.
Mon seul tort c’est de considérer les chauffards avec une détestation absolue, et souhaiter que leur bêtise soit la cause de leur perte. Souvent l’habitacle de mon véhicule se remplit de noms d’oiseaux. Si après la mort un quelconque purgatoire existe, je me l’imagine comme devant être ce lieu où tous les chauffards doivent s’excuser des manquements de leur vie terrestre face à ceux qui les ont agonis d’injures… une éternité absurde.
Mais voilà que dans ma pratique de la route une nouvelle règle apparaît : le Pentagone devient zone 30. Si de manière générale l’idée séduit, ce sera plus cool, c’est le simplisme de son application qui risque de faire passer ses initiateurs pour des amateurs voire des incompétents et faire basculer le plus civilisé des conducteurs du côté des chauffards les plus abrutis. Damnation !
Comment sortir du tunnel Louise sur la place Poelaert à 30 km/h ? Où sont les indicateurs de décélération : 70, 50, 30 ? Comment remonter la rue Royale, la rue de la Régence ou emprunter la rue de la Loi en 1ère à fond ou en 2ème pied léger au sortir d’une voirie de taille identique hors limitation ? Sans parler du boulevard Pachéco et de sa sortie de tunnel.
Comment gérer la complexité du trafic avec une horde de pressés qui poussent par derrière, doublent quand rien sur la voirie des grands axes non exemptés n’invite à la limitation nouvelle ? Le conducteur courtois sous les quolibets et les klaxons se demande s’il n’est pas seul au monde.